Notre
monde contemporain est le monde de l'existence. Nous ne voyons
autour de nous que des objets et des personnes distincts, chacun
possédant des caractères fixes dans le temps. Nous trouvons confortable
de pouvoir décrire les choses et les gens en termes statiques.
Nous
sommes en cela, les descendants spirituels d'un certain Aristote
et n'avons pas su écouter Héraclite (philosophe grec né à Ephèse
en 576 avant JC et mort en 480 av JC), plus subtil qui nous avait
pourtant ouvert les yeux et l'esprit à une conception mobile de
la réalité.
Que
disait-il ?
" Le soleil est nouveau chaque jour. "
" Pour ceux qui entrent dans les mêmes fleuves, autres et toujours
autres sont les eaux qui s'écoulent. "
" On ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve. [Toutes
choses] se répandent et de nouveau se contractent, s'approchent
et s'éloignent. "
Héraclite
ne semblerait pas de nos jours " politiquement correct " car il
déclarait que, de quelque côté qu'il se tourne, il ne trouve nulle
part la connaissance vraie. Le commun des humains n'a aucune intelligence
de l'éternelle vérité. Aujourd'hui, en 2007, nous refusons de
voir les différences et nous préférons clamer l'égalité des intelligences,
au grand mépris de l'évidence.
Pour
Héraclite, rien dans le monde entier ne demeure un seul instant
identique à soi-même : tout passe, tout change, tout meurt à chaque
moment. C'est ce qu'il exprimait par ces formules restées célèbres
: Tout coule et on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve.
Aucune chose n'est à proprement parler : tout devient, tout passe
d'un contraire à l'autre : tout se confond, les contraires sont
identiques, et c'est un même être, toujours fuyant, qui revêt
tour à tour les formes les plus opposées. Le jour devient la nuit,
et la nuit le jour ; le petit devient grand, et l'invisible visible;
le haut et le bas, ce qui est salutaire et ce qui est nuisible,
le commencement et la fin, le mortel et l'immortel, ne diffèrent
pas. L'été et l'hiver, la guerre et la paix sont identiques: l'argile
dont les choses sont faites revêt sans cesse de nouvelles formes.
Pour
Héraclite, une seule chose est constante, permanente, c'est le
changement. Tout passe et rien ne demeure. Rien ne peut être pensé
sans son contraire. Le conflit constant des contraires est défini
comme le père de toutes choses. Mais tout est gouverné par le
logos. Le logos est le législateur pour tout ce qui est, et il
est l'unité des contraires.