L'Ecole
de Palo Alto (2) autres axiomes et découvertes
Changements
1 et changements 2
Palo
Alto nous donne une recette pour repérer et comparer les vrais
changements parmi les changements illusoires ; et nos hommes politiques,
qui sont parfois des femmes d'ailleurs, qui n'ont que ce mot de
" changement " à la bouche, feraient bien parfois de s'y
référer.
Le
changement 1 est un changement dans les relations au sein d'un
système ;
le changement 2 est un changement de système. Alors que le changement
1 n'est qu'une des positions " naturelles " que peut prendre
un système donné, le changement 2 introduit un changement dans
les règles du système qui le transforme en un système nouveau.
La distinction n'est pas toujours évidente, mais on va essayer
de donner des exemples.
Changer
de cravate, ou de couleur de chemise, déménager, ou divorcer,
sont, en fin de compte seulement des changements 1, même si parfois,
certains d'entre eux nous coûtent. On ne remet pas en question
l'organisation même de notre vie, de notre habillement, de notre
idée du couple ou de la vie.
De même, chaque coup joué aux échecs introduit un changement 1
dans la physionomie du jeu ; le changement 2 serait de jouer avec
de nouvelles règles ou de jouer à un autre jeu.
On
reconnaît " intuitivement ", que ne plus mettre de cravate, ou
sortir dans la rue en slip, ou encore pratiquer la polygamie officiellement,
est un changement plus grand. Ce doit être un changement 2.
Nous sommes entrés dans une autre dimension, dans un autre système
de relations obéissant à de nouvelles règles.
Sans
nier l'utilité des changements 1, Palo Alto attire notre attention
sur la nature radicalement différente de ces deux sortes de changements,
et sur l'idée qu'une somme de changements 1, aussi nombreux soient-ils,
n'aboutiront pas, selon toute probabilité, à un changement 2.
Watzlawick,
dans Changements, nous dit comment reconnaître un changement 2
: " a) Le changement 2 modifie ce qui apparaît du point de
vue du changement 1 comme une solution, parce que, vue dans la
perspective du changement 2, cette " solution " se révèle être
la clé de voûte du problème qu'on tente de résoudre b) Alors que
le changement 1 semble toujours reposer sur le bon sens (par exemple
sur une recette du genre : " plus de la même chose "),
le changement 2 paraît bizarre, inattendu, contraire au bon sens
(…) c) (…) Ces techniques s'occupent des effets et non des causes
supposées ; par conséquent, la question capitale est quoi ? ,
et non Pourquoi ? d) (… le changement 2) place la situation dans
un nouveau cadre. "
Le
changement 2 est donc bien un recadrage.
Nous verrons que ce nouveau concept est riche d'enseignements
si l'on veut analyser, par exemple, les décisions de changements
de nos gouvernants, ou des chefs d'entreprise. On s'aperçoit vite
que la plupart des réformes que l'on tient à nous présenter et
à nous vendre comme étant de " véritables changements "
ne sont que des nouvelles façons d'accommoder les restes, des
changements 1, des changements dans la continuité, comme
disait l'autre.
Nous
reviendrons sur ces points fondamentaux en étudiant, ailleurs,
dans d'autres ouvrages, les applications possibles de la Méthode
Relatio , dans le monde " politique " et dans le monde de l'entreprise.
On
a remarqué, dans ce court exposé des changements selon Palo Alto,
qu'il est impossible de comprendre cette notion de changement
sans se référer à la théorie des systèmes. En effet, le thermostat
permet en continu des changements 1 visant à établir l'équilibre
du système de chauffage. (Voir le chapitre sur la systémique)