Van
Vogt, auteur de science fiction et adepte de la Sémantique Générale,
commence les chapitres de son livre : Le monde des non-A (pour
non-aristotéliciens), par une citation en exergue.
Dans l'une d'entre elles, il dit : " Catherine et Julie jouent
dans la cour " n'est pas la même chose que " Deux petites
filles jouent dans la cour ".
En effet, la deuxième proposition est obtenue par un saut sémantique
du particulier au général, par une généralisation.
Nous
savons dans la théorie des ensembles qu'un ensemble peut être
décrit en compréhension : " tous les hommes de ce groupe
" ou en extension : " Gérard, Thierry, Gonzague… ". Et
si l'on est bien obligé de choisir la compréhension dès que le
nombre des éléments devient trop important pour les citer tous,
il n'en reste pas moins que l'on doit prendre conscience qu'il
s'agit là de généralisations qui érodent et suppriment les nuances
individuelles.
La Sémantique Générale nous apprend à voir le monde comme des
ensembles en extension.
Nous
ne pouvons pas ne pas généraliser, autant en faire son deuil tout
de suite. Beaucoup de nos généralisations sont légitimes et nous
évitent bien des tracas. Par exemple, nous généralisons quand
nous reconnaissons, dans une situation donnée, une situation déjà
vécue, même approximativement, et que nous lui appliquons les
solutions qui nous ont réussi précédemment.
Et, heureusement que nous généralisons, sinon, chaque fois que
nous nous trouvons devant une porte à ouvrir, il nous faudrait
réapprendre les gestes, sous prétexte que la porte n'est pas exactement
la même que les fois précédentes.
Généraliser,
c'est, à partir d'un petit nombre d'observations concrètes, émettre
une idée abstraite qui recouvrira d'avance toutes les observations
futures qui ressembleront à celles qui ont provoqué la généralisation.
J'ai
deux copains antillais particulièrement dragueurs, et je pense
que tous les antillais sont dragueurs. Ce type de généralisation
trouve en nous des chemins tout tracés, d'autant plus qu'elles
contiennent toujours ( ? ou presque) une certaine part
de vérité. Et qu'elles valident par là, les futures généralisations
que je ferai. Autrement dit, plus je généralise, plus j'observe
à quel point j'ai raison de généraliser, et plus la généralisation
devient mon mode majoritaire de pensée, donc mon mode majoritaire
de me tromper.
Car,
disons-le clairement, la généralisation fait partie de nos erreurs
les plus fréquentes de raisonnement. Même si parfois, une
généralisation (qui se reconnaît aux formules " toujours ",
" jamais ", " tous les... "...) s'avère " vraie ", on ne peut
prouver qu'elle l'est toujours...
Restons
au niveau qui occupe prioritairement la Méthode Relatio : les
relations interindividuelles.
A ce niveau, on peut dire que toutes les généralisations sont
à bannir. Le relationniste continuera à généraliser à partir d'un
petit contingent de faits, il le sait, mais il est vigilant ;
il n'accepte plus de suivre aveuglément ce que son esprit lui
présente comme des vérités, et il fera ainsi un pas en avant vers
la résolution d'un grand nombre de ses problèmes.
Il
apprendra à se méfier de lui-même. Il se servira des indices de
la Sémantique Générale de Korzybski, en finissant ses phrases
par les formules rituelles du type : " Pour autant que je sache,
ici et maintenant, quoique... ". Il pensera toujours que les
antillais sont dragueurs, mais restera ouvert à des expériences
pouvant lui donner tort.