Exposé des cours - N°15 / page 5
 
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Les trois principes de la Méthode Relatio

2. La non-explication

Là encore, nous n'avons pas l'intention de répéter ce qui a été dit dans d'autres livres. L'explicationnite aiguë est une vraie maladie de l'esprit. Nous la condamnons au nom de plusieurs principes de base.
D'abord au nom de la preuve scientifique : il est bien rare qu'une explication ait valeur de preuve ; ensuite, au nom de l'innovation dans la mesure où le fait même de trouver une explication à un problème nous empêche d'en chercher une solution meilleure ; enfin, au nom du Territoire, car, à ce niveau tout est description, rien n'est explication.

Examinons maintenant quelques raisonnements faux entraînés par le besoin permanent et aigu de tout expliquer.
" Quand l'événement B se produit très souvent après l'événement A, alors on peut dire que l'événement A est la cause de l'événement B "
C'est ainsi que nous raisonnons habituellement, sans nous en rendre compte. Mais c'est un raisonnement trop souvent faux et dangereux.

Nos raisonnements ne traitent que du flou.
Car que peut-on dire quand l'événement, parfois suit, et parfois ne suit pas A ? Sinon, que, A est parfois la cause de B, mais pas toujours ! Mais, alors, il ne faut pas en rester là, car il faut expliquer, puisque l'on s'est positionné dans le monde de l'explication, pourquoi A n'est pas toujours la cause de B.
Je digère mal et je suis malade parce que j'ai mangé trop de chocolats ; alors pourquoi l'autre jour n'ai-je point été malade après avoir mangé toute la boîte ?

Le principe de causalité dirige une très grande partie de nos raisonnements, et nous pouvons dire qu'il empoisonne notre vie et celles de nos contemporains. Il pose plus de problèmes qu'il n'en résout, ce que nous allons essayer de montrer maintenant.

La difficulté d'extraire de notre esprit, - comme on extrait une dent cariée, - le principe de causalité, vient en partie du fait qu'il nous semble inné ; les enfants ne passent-ils pas leur temps à demander : Pourquoi ?
Les réponses aux questions Pourquoi, rassurent, et quand on ne sait pas le pourquoi d'un événement, il suffit de l'inventer et d'oublier aussitôt que nous venons de l'inventer.

Les questions que nous nous posons, en jetant un regard froid sur ce principe handicapant seront de plusieurs natures : logiques d'abord, pragmatiques ensuite, et nous chercherons en quoi le principe de causalité peut améliorer ou troubler les relations humaines, ce qui est le sujet unique de notre préoccupation.

Sur le plan logique, on ne peut, semble-t-il parler de causalité que dans les cas de figures où A est toujours suivi de B, et que B ne peut se produire sans avoir été précédé de A.
Ce cas est celui où nous trouvons une bijection pure entre l'ensemble des causes et l'ensemble des effets. Par exemple, si je mets ma main sur une bûche incandescente, je me brûle (au delà d'un certain laps de temps), et je me brûle toujours, et si je me brûle, c'est toujours parce que j'ai posé la main sur la bûche ou sur l'une de ses sœurs.
Ca marche dans les deux sens. Cela correspond à la formule logique :
il faut et il suffit.

On voit tout de suite que, rares sont les événements de la vie quotidienne auxquels nous pouvons appliquer ce principe de raisonnement logique. Il semble que la plupart des cas où nous pouvons trouver de vrais rapports causes-effets, appartiennent à ce que Palo Alto désigne comme appartenant au monde de la réalité de premier niveau, c'est-à-dire à des phénomènes physiques et observables, donc concrets.
Bien que là encore, il soit possible de chicaner, car nous ne nous brûlons pas tous au même degré, et la ménagère habituée à transporter des plats brûlants que nous ne pouvons même pas toucher nous transporte d'admiration. Mais, il suffit de changer la quantité de chaleur, pour que la proposition reste toujours valable : tout le monde finit par se brûler, même ceux qui ont une peau de cuir.
Là, on peut généraliser et quand on peut généraliser, on a aussi le droit d'expliquer.


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