Les techniques
de l'engagement et
le problème de la manipulation
Changer ou manipuler ? ( suite )
Commençons
par notre maître incontesté, Paul WATZLAWICK, qui dans " Changements,
paradoxes et psychothérapie " dit :
" D'expérience, nous nous attendons à être accusés de "
manipulation " et " d'insincérité " pour notre façon, tant pratique
que conceptuelle d'aborder les problèmes humains. La " sincérité
" est devenue depuis peu un slogan qui n'est pas dépourvu d'hypocrisie
et qu'on associe confusément à l'idée qu'il existe une vue " juste
" du monde, - en général sa propre vue. Cette notion de sincérité
semble aussi laisser entendre que la " manipulation " est non
seulement répréhensible, mais évitable. Malheureusement, personne
n'a jamais pu expliquer comment s'y prendre pour l'éviter
".
(p. 14-15).
Et
il ajoute plus loin, à l'intention des autres méthodes psy :
" L'analyste qui reste silencieusement assis derrière son
patient allongé, ou le thérapeute " non directif " qui " ne fait
que " répéter les paroles de son patient, exercent une influence
colossale du seul fait de cette attitude d'autant plus qu'on la
définit comme n'exerçant " aucune influence ". Le problème n'est
donc pas d'éviter l'influence et la manipulation, mais de les
comprendre mieux et de les utiliser dans l'intérêt du patient.
"
Si
ce n'est pas assez clair, nous pouvons citer Antoine MALAREWICZ,
dans " Guide du voyageur perdu dans le dédale des relations
humaines ", page 17 :
" Toute communication correspond à une forme de manipulation
car aucune information n'existe en tant que telle… Il n'existe
pas de situation de communication qui puisse prétendre à la neutralité.
On ne peut éviter de chercher à persuader l'autre d'adopter, en
tout ou partie, sa propre vision de tel ou tel fait… Le terme
de manipulation, outre qu'il devrait perdre sa connotation péjorative,
renvoie ici à la notion de technique… Il importe d'abandonner
la vision naïve qui consiste à affirmer que communiquer ne relève
pas de ces techniques et qu'il suffit de montrer sa bonne volonté
pour s'entendre. Ces techniques sont basées au contraire sur des
compétences qui s'acquièrent et se développent."
Ou
encore Dominique BERIOT dans " Du microscope au macrocospe
" :
" Ma réponse s'appuie sur le principe de Palo Alto : " nous
ne pouvons pas ne pas influencer les autres ". Si nous les influençons
de toute façon, et malgré nous, sans obtenir de résultats satisfaisants
pour chacun, quel bénéfice apporte la spontanéité ? L'objectif
est-il d'être naturel ou de faciliter l'échange ? Chacun a pu
se rendre compte des méfaits de certains comportements spontanés
! Sachant que nous influençons nécessairement les autres, autant
le faire de façon cohérente par rapport à notre objectif commun…
L'aspect moral sous-jacent à ce type de comportement réside dans
l'optique de celui qui utilise ces techniques de communication
: agit-il exclusivement dans son intérêt personnel ou dans l'intérêt
des deux parties ? " (p.97).
Ou
encore Joule et Beauvois dans le " Petit traité de manipulation
à l'usage des honnêtes gens " :
" Que ces phénomènes puissent être, ici ou là, à la base
de pratiques manipulatoires, est-ce une raison pour n'en point
parler ? Nous avons tranché. L'obscurantisme n'étant jamais la
solution d'un problème déontologique, ou la pudibonderie, nous
avons jugé bon d'appeler les choses par leur nom (le titre de
l'ouvrage en témoigne) et de dire ce qu'elles sont. "
(p.7)