Le zen
et sa philosophie dans les relations,
le dernier des méta-critères
Nous
verrons dans le cours pratique que l'un des critères de réussite
de nos entreprises et de nos relations avec les autres, est notre
capacité à rester calmes, voie même sereins en toutes circonstances.
Le
détachement est l'un des critères observés au cours d'une analyse
relationnelle ; c'est lui qui nous permet d'expliquer sans difficulté
le principe de non-sincérité, et de voir ce qui se passe réellement
sans interpréter. Le détachement est clairement un des critères
du succès de nos entreprises relationnelles.
C'est
pourquoi, à terme, un pratiquant de l'AR, ne peut continuer à
ignorer les principes de base du zen et des philosophies orientales.
Et cela d'autant moins que les créateurs de l' Ecole de Palo Alto
(Grégory Bateson) comme de la Sémantique Générale (Korzybski)
étaient proches des maîtres zen de l'époque.
Quand
on évoque la prééminence du mouvant sur le fixe, quand on préfère
Héraclite à Aristote, ou que l'on se penche sur les interactions
entre les personnes plutôt que sur les personnalités des partenaires…
on adopte la philosophie du zen, même sans le savoir. De nos jours
où toute grande idée est rapidement broyée, malmenée, appauvrie,
vulgarisée (dans le sens devenue vulgaire…) par les médias tout
puissants, le mot Zen est dévoyé et finit par signifier des idées
proches de décontraction, repos… qu'il n'avait absolument pas
à l'origine.
" Sois belle et zen " est le titre d'une émission de télé
!
" Rien n'est réellement statique. Et pourtant qu'essayons-nous
de faire ? Que rien ne bouge ! Nous essayons de nous accrocher,
de nous sentir en sécurité et sans inquiétude. L'ordre naturel
des choses est de couler comme une rivière, mais le courant est
si rapide, si changeant qu'il donne l'impression d'être instable.
" (Merzel, 1993, p. 32) Que rien ne soit statique implique l'absence
permanente de toute forme de sécurité, dans la vie.
La
sécurité, ce bien suprême des occidentaux, avec l'argent et les
loisirs, est une utopie dangereuse. Car toute vie est insécurité,
" bienheureuse insécurité " comme le disait Alan Watts.
" La sécurité est ce que nous voulons plus que tout ! Une quantité
connue, même un faux sentiment de sécurité, est plus confortable
que de regarder en face la vérité de notre insécurité. " (Merzel,
1993, p. 59)
La sécurité, c'est aussi la sécurité que nous procure le fait
de posséder un savoir confortable, le fait de posséder un ensemble
de croyances et d'opinions sur les choses et les gens, qui nous
rassurent, et nous permettent de reconnaître le terrain sur lequel
nos marchons.
Or, la pratique du zen, au contraire, nous découvre, nous met
à nu et nous avons froid ; il nous montre que nous ne savons rien,
même s'il nous est difficile de l'admettre :
" Qu'est-ce que c'est donc que vous ne voudriez pas que quelqu'un
découvre ? La même chose que tout le monde essaie de dissimuler
avec tant d'effort et tant d'énergie : que vous ne savez pas !
Et qu'est-ce que vous ne savez pas ? Qui vous êtes, ce que vous
êtes ! Une fois que vous pouvez admettre cela, vous pouvez même
vivre confortablement avec le fait de ne pas savoir. " (Merzel,
1993, p. 72)
Le
zen ne s'explique pas, ne se décrit pas. J'ai d'ailleurs, dans
ma bibliothèque une centaine de livres sur le zen qui tous affirment
que du zen on ne peut parler !
Ce n'est pas une contradiction, ni une boutade, mais hélas une
nécessité.
En effet, si l'on veut qu'un esprit occidental puisse comprendre
une telle philosophie ou simplement l'approcher sans réticence,
il faut la lui enseigner à la mode occidentale : avec des paroles,
qui puissent avoir un sens immédiat pour lui. C'est d'ailleurs
ce que préconisait Taisen Deshimaru, le dernier grand maître zen,
qui pensait que l'avenir du zen était en Europe, à condition que
les Européens arrivent à créer un zen à leur mesure.
Le zen à l'origine s'enseignait d'esprit à esprit, sans paroles
ou presque !