Le zen
et sa philosophie dans les relations,
le dernier des méta-critères
Bien
que je n'aie aucune qualité pour enseigner le zen (pour cela il
faut aller suivre des shesin dans les dojo où se trouvent des
maîtres autorisés à enseigner), je vais tenter de dépeindre les
principales caractéristiques de cette philosophie en pointant
essentiellement en quoi elle se rapproche de l'AR et des sources
décrites plus haut, et, surtout, en quoi elle peut être fort utile
aux pratiquants de l'analyse relationnelle, désireux d'améliorer
la qualité de leurs relations avec autrui.
D'abord
quelques mots d'historique.
Les grandes idées de ce qu'on appelle aujourd'hui zen, sont nées
en Inde longtemps avant JC, puis ont émigré en Chine au 5ème siècle
de notre ère en prenant le nom de Chan. A vrai dire, l'essentiel
du zen est chinois ; la grande époque du chan, celle du célèbre
monastère de Shao Lin, a duré du 5ème au 13ème siècle. Tous les
grands textes du zen sont chinois.
C'est au 13ème siècle qu'un moine japonais, Dogen, ayant fait
le voyage en Chine, a ensuite ramené le chan chez lui, au Japon,
le zen en japonais.
On
dit que les japonais sont des copieurs ; certes c'est une abominable
généralisation. Mais, si c'est vrai, cela ne date pas d'hier comme
on le voit.
Premier
trait : ce qui frappe dès qu'on lit un livre sur le zen, ce
sont les ressemblances avec la Sémantique Générale.
En effet, tous les textes zen nous disent que le zen ne peut s'expliquer,
ni se décrire à l'aide de concepts, et que pour le comprendre,
il faut d'abord le pratiquer, le vivre quotidiennement.
Or,
pratiquer le zen, c'est rester assis en position dite de zazen,
c'est, vue du côté de chez nous, ne rien faire. Mais seulement
en apparence.
Le zen ce n'est pas un corpus de concepts, ni d'idées abstraites
; c'est une position corporelle, avant tout.
Pour les maîtres zen, rien n'existe en dehors de la pratique ;
et toute réflexion, analyse, conceptualisation de cette pratique
équivaut à du vent. Les philosophies de chez nous, pour un maître
zen, sont comparables à du bruit avec la bouche. Rapellons
que cette similitude avec la Sémantique Générale n'est pas fortuite,
car Korzybski était, paraît-il, maître zen.
Beaucoup
d'autres traits du zen découlent de cet aspect principal : la
non-existence des concepts abstraits.
Non-existence
des abstractions, c'est aussi non-existence des définitions ;
toute définition fige la réalité qui est mouvante par nature :
" Menteur, voleur, mauvaise personne, bonne personne : tout
cela implique des relations. Et que faisons-nous avec ces définitions
? Nous nous enchaînons. Comment ? L'acte de définition en soi
crée une frontière. " (Merzel, 1993, p. 122)
Deuxième
trait : le Moi, n'est lui aussi qu'un concept abstrait, il
n'existe pas non plus.
Les
actions quotidiennes, les efforts pour s'améliorer, ne sont pas
niés par les adeptes du zen, mais ils n'y voient pas là l'œuvre
d'un quelconque MOI, qui aurait des caractéristiques plus ou moins
immuables :
" Qu'est-ce que c'est que tous ces trucs que nous appelons
le moi ? Simplement nos propres opinions, idées, croyances, conceptions,
goûts et dégoûts : j'aime cette fille, je déteste ce garçon ;
je vaux ça, je ne vaux pas ça. Lorsque nous arrêtons de chérir
de telles opinions cela s'appelle vider la coupe. " (Merzel,
1993, p. 98)