La
conception linéaire de la communication nous a habitué à considérer
des éléments fixes, qui ont en soi un sens. Par exemple les mots
utilisés ont un sens, et nombreux sont les personnes qui pensent
encore de nos jours que chaque mot se doit d'avoir un sens bien
précis, et un seul. Celui du dictionnaire, en gros.
Le problème des définitions est qu'elles s'écrivent en termes
abstraits ; un mot abstrait est défini par d'autres mots abstraits.
C'est pour cette raison que les dictionnaires sont contraints
de donner beaucoup d'exemples pour illustrer leurs définitions
; sans les exemples, on ne comprendrait pas grand chose.
Sans
compter que les définitions s'auto - référencent entre elles.
Et nous tombons rapidement dans les définitions du type de : râteau,
outil permettant de ratisser et ratisser : se servir d'un
râteau. On est bien avancés.
Nous
verrons cela plus en détail au cours 6 : dans la conception cyclique,
le sens d'un mot est donné par son utilisation. Si je sais
comment vous utilisez le mot raciste, je connaîtrai votre
position vis-à-vis de ce problème, et je la connaîtrai beaucoup
plus précisément et beaucoup plus véridiquement que si je vous
posais naïvement la question de votre définition du racisme, question
à laquelle vous me répondriez ce que vous pensez… qu'il est bon
de répondre à quelqu'un qui pose cette question.
Nous verrons que les mots ont autant de sens que de personnes,
mais aussi que de contextes linguistiques, et de contextes pragmatiques.
Et l'on se posera la question de savoir si le mot sens a encore
un sens.
6.
Idées / Mots
La
croyance de base qui sous-tend la communication linéaire est que
c'est la qualité du message qui entraîne la bonne réaction du
partenaire, qualité du message mesurée à la qualité et à la pertinence
des idées et concepts qui y sont développées.
Nous entendons souvent dire dans les entreprises cette phrase
imbécile : " Faites passer cette idée, avec les mots que vous
voulez ". C'est ignorer que les mots et les idées ne sont
que les deux faces d'une même pièce, et que changer de mots, c'est
aussi changer d'idées.
Ce
que ne savent pas assez ceux qui testent les messages à visée
commerciale ou publicitaire, c'est que, quand ils croient tester
les idées et les concepts, ils testent en fait la forme dans laquelle
ces idées sont emballées, c'est-à-dire les mots, les expressions
et leurs inévitables interprétations.
On
peut connaître avec grande précision (voir le cours sur la sémantique),
quel sera le message le plus pertinent (en postulant que le porteur
de ce message saura le mettre en valeur), c'est-à-dire quels mots
il faut utiliser, quels mots il ne faut pas utiliser, et de façon
plus précise, quelles structures de phrases seront les mieux mémorisées.
Mais l'on ne connaîtra jamais avec précision, comment chaque personne
recevra le message de telle autre.
Pour
la communication orchestrale qui se penche sur des séquences précises
de communication, l'importance des mots est plus grande que l'importance
des idées. Et l'avantage pour le sémanticien de s'attacher surtout
aux mots, est que ceux-ci peuvent être dénombrés de façon rigoureuse,
alors que les idées qu'ils contiennent, varient d'un individu
à l'autre, d'un contexte à l'autre.