A
la réponse à la question : changer quoi ? la systémique répondra
: " tout ". Si nous postulons que chaque individu est unique,
à un moment donné du temps, nous pouvons postuler aussi qu'il
est à la fois, ce qu'il croit, ce qu'il dit, ce qu'il voit, et
ce qu'il fait, et que ces ensembles d'éléments sont reliés entre
eux par des lois qui leur donnent une cohérence interne.
Aussi, peut-on penser que le moindre changement apparent à l'un
de ces niveaux, se répercutera sur les autres niveaux.
Il
est évident qu'un ouvrier qui devient contremaître, ne tardera
pas à changer, à la fois son langage, mais aussi ses autres comportements
et ses croyances ; il peut se faire que ces changements atteignent
aussi, plus loin, ses relations de couple et ses relations amicales.
Il est évident, dans l'autre sens - de la carte vers le territoire
- qu'une personne se convertissant à une nouvelle religion ou
entrant dans une secte, va changer radicalement dans ses autres
niveaux.
On
pourrait exploiter une voie de recherche en affirmant qu'il existe
quatre types d'éléments : les croyances, le langage, les comportements
et les perceptions, et qu'ils sont pour l'homme, à la fois des
outils pour communiquer vers l'extérieur, exprimer ce qu'ils sont
ou ce qu'ils veulent montrer d'eux-mêmes, et en même temps des
carapaces les empêchant de vivre en contact direct avec l'environnement.
Ce
dernier aspect, l'aspect protecteur de que nous avons appelé en
1977 ( ), les " édredons moraux ", n'a pas été assez étudié.
C'est pourtant lui qui est à l'origine de ce qu'on appelle généralement
et bêtement, la " résistance au changement ", et qui est
aussi à l'origine de notre goût pour les voies chimiques d'évasion,
telles que les drogues…
Donc,
quel que soit le niveau où se produit en premier un changement
" visible", - en fait, il n'y a pas de niveau dans la nature
des faits, sinon dans l'exposé de ceux-ci
- les autres niveaux auront tendance à s'aligner, et a répercuter
la nouvelle situation en changeant à leur tour. On pourrait appeler
cela le principe de cohérence.
Mais,
ce n'est pas toujours vrai.
Les dissonances, conscientes ou non, existent entre niveaux ;
nous avons vu que cela peut être une source de conflit. Il peut
se faire qu'une carte mentale entre et reste en contradiction
avec des comportements précis, et, par exemple comme le souligne
Watzlawick, que des idées généreuses cohabitent avec des comportements
coercitifs.
On
peut être ou ne pas être conscient de ces discordances. On peut
en être conscient et les accepter pleinement en disant par exemple
: " En général je suis plutôt libéral, mais je ne tolère pas
que l'on fume à ma table ". La cohérence est respectée dans
la mesure où le comportement consciemment déviant est perçu comme
une exception à la règle. Et, on sait depuis la maternelle que
les règles ont la détestable habitude d'accepter une foule d'exceptions.