Les
changements recherchés habituellement par les autres méthodes, issues
des théories du sujet, - les méthodes psy- en général -, se situent
surtout au niveau des croyances. On essaie de faire changer l'autre
d'avis, dans la mesure où l'on a remarqué que nos comportements
dépendent en grande partie de nos croyances. Il est vrai que si
ma croyance en l'importance de l'hygiène est très forte, il est
probable que je me laverai souvent les dents, et que je serai prêt
à accepter les autres croyances qui vont avec celle-ci, telle la
peur des caries. Je suivrai alors des comportements pour moi parfaitement
rationnels ; par exemple je ne prêterai jamais ma brosse à dents,
même à ma petite amie dont je connais pourtant par cœur le fond
du gosier.
Mais, il est tout aussi vrai, que si je fais une randonnée de haute
montagne avec des amis, et que je sois amené, pendant plusieurs
jours, à rester " sale ", et sale de partout, je finirai par ajouter
quelques nuances correctives à ma notion de " sale ", et j'augmenterai
ma capacité à supporter des comportements déviants par rapport à
ma croyance à l'hygiène.
Le Territoire a entamé un morceau de la Carte.
Les
tenants du béhaviorisme le plus pur, ou simplement les praticiens
des thérapies comportementales, pensent que le changement de comportement
entraîne quasi automatiquement des changements de croyances, donc
parfois des guérisons.
Ce
qui nous gêne dans ces deux conceptions opposées, c'est leur aspect
encore linéaire ; l'un dit : la croyance entraîne le comportement,
donc si l'on change la croyance le comportement changera ; l'autre
dit l'inverse, c'est-à-dire la même chose. Nous préférons dire
que croyances (concepts, opinions, valeurs…) et comportements
sont des éléments en interaction d'un même ensemble, l'être humain,
dans son acception dynamique.
L'AR
s'attaque rarement à des changements au niveau de la Carte. Car
il est facile pour autrui de résister à notre tentative visible
de le faire changer d'opinions. Ou alors, il faut, plus qu'ailleurs
utiliser des techniques de manipulation, afin qu'il ne s'aperçoive
pas qu'on désire le faire changer.
Tout
d'abord nous faisons une analyse thématique de la structure des
concepts qui entourent la croyance que l'on veut éliminer ou déplacer
: c'est la carte mentale ; puis, nous repérons les concepts
les plus fragiles ; enfin, nous les désémantisons progressivement,
pour leur faire perdre de leur puissance. On le voit, on ne s'attaque
presque jamais à la croyance elle-même, mais à son contexte abstrait.
En quelque sorte, on ne touche pas au roi, mais on tue son armée
en commençant par les soldats les plus fragiles. Vers l'échec
et mat.
Si
par exemple, mon voisin est convaincu que les noirs sont moins
intelligents que les blancs, je vais tranquillement sans manifester,
ni mon désir de le changer, ni mon propre avis, l'interroger sur
les notions de racisme, sur ce qu'il appelle l'intelligence… et
je vais dresser une carte mentale de ses opinions.
Je vais vite apercevoir des points faibles dans sa structure de
croyances ; par exemple qu'il n'est pas convaincu que l'intelligence
soit une chose importante, ou encore qu'il a une expérience très
limitée des noirs…
Et je vais, l'amener à changer ses croyances sur l'intelligence,
en allant de préférence dans son sens. En admettant que cela marche,
sa croyance deviendra : " Les noirs sont moins intelligents
que les blancs, mais l'intelligence n'est pas le plus important
". Jusqu'au moment où la croyance, qui ne sera plus soutenue par
aucun contexte " vivant " changera d'elle-même, brutalement,
et souvent sans prise de conscience.