Axiome

Tout le monde sait ce qu'est un axiome
- parfois appelé prédicat - :
c'est une proposition que l'on affirme a priori et qui n'a pas besoin d'être prouvée.
Un axiome est une prémisse permettant ensuite le raisonnement à partir d'elle ; un ensemble d'axiomes est une axiomatique.
Par exemple, en géométrie euclidienne, l'affirmation selon laquelle deux parallèles ne se rejoignent jamais est un axiome, à partir duquel on a pu bâtir nombre de théorèmes, puis de corollaires à ceux-ci.

Une axiomatique commence généralement par l'axiome d'ouverture, celui qui définit le périmètre d'application des axiomes et par un axiome de fermeture qui en définit les limites.

La Méthode Relatio possède également son axiomatique.

Le premier axiome ou axiome d'ouverture sera ainsi défini : " Ce que nous appelons la réalité du monde n'est qu'une construction de l'esprit ".

Selon les constructivistes, le monde se limite à ce que nous pouvons en percevoir et la description la plus objective du monde extérieur resterait incomplète si nous oublions de nous décrire en train de décrire le monde.
Bien sûr, le pratiquant de Relatio n'ira pas jusqu'à nier l'existence " objective " de ce que Palo Alto appelle la réalité du premier ordre : les objets, les corps… Le pratiquant de Relatio, quand il se cogne à la table de la cuisine, sait qu'il a rencontré un objet réel, et que cela peut faire mal.

Mais ce que nous refusons de classer dans les réalités extérieures, ce sont toutes les interprétations que nous faisons de ce monde, c'est l'idée qu'il existe un Moi observant et un Monde observé qui pourrait s'étudier séparément.

Cet axiome met en avant l'importance des sciences cognitives dans notre description du monde ; en effet, nous percevons en partie en fonction de la façon dont nous raisonnons. Nos erreurs de jugement, ou tunnels mentaux selon Palmarini, nous emmène au pays des erreurs et il nous est très difficile d'en revenir. Nous savons que notre raisonnement est faux mais nous continuons à le suivre dans notre vie courante.
Le principal des tunnels mentaux est appelé généralisation abusive ; nous généralisons en permanence et cela nous empêche de voir la diversité du réel, mais nous continuons à le faire, malgré des années d'exercices.

Cet axiome introduit le premier grand théorème de Relatio, ou Théorème UN, celui qui est au cœur de la Sémantique Générale et que énonçons ainsi :
" Tout ce qui ne peut se décrire en termes concrets, n'existe pas ".

Ce qui est une autre façon de dire qu'en dehors du territoire, ce monde mythique de la non pensée, de ce qui se passe réellement mais dont on ne peut parler, rien n'a d'existence concrète.. Tout ce qui est carte : les croyances, les idées, les concepts, les opinions, les interprétations et philosophies diverses… n'ont d'autre réalité que celle que l'on veut bien leur attribuer. On peut toujours philosopher à perte de mots sur ces notions, sans jamais rencontrer la moindre solution au moindre de nos problèmes concrets.

Certes, le pratiquant de Relatio, n'ignore point l'importance des idées et des croyances pour expliquer les actions humaines, bien au contraire, il voit en quoi celles-ci peuvent commander le monde, et gouverner la plupart de nos entreprises. Il met seulement en garde contre celles-ci en montrant qu'en croyant obéir à des principes nobles et moraux, nous sommes en fait esclaves d'abstractions qui ne sont que des a peu près, des cartes floues qui ne peuvent que nous égarer sur les chemins de la vie concrète.

Relatio n'est pas une entreprise immorale, elle est seulement à côté de la morale. Elle dit : il y a ce qui se passe et ce qui devrait se passer, et si ce qui devrait se passer ne peut pas se passer, et ne se passe dans aucun pays, dans aucune famille, chez personne, alors c'est que nous souffrons du syndrome d'utopie et il faut abandonner cette idée. Quand l'écart entre le réel et le souhaitable est permanent et universel, il faut rester au niveau de ce qui se passe réellement, même s'il ne nous satisfait pas.

Pour Relatio, toutes les thèses philosophiques, les idées politiques, tout ce qui termine en -isme ou -iste, n'est finalement que du bruit avec la bouche. (Cette expression nous vient d'Aristote évoquant les sophistes :qui, pour lui, ne font que du bruit avec la bouche, mais ne disent rien.) Avec des mots abstraits on peut tout dire et son contraire, on peut tout démontrer, mais on ne peut rien faire qui soit utile.

C'est pourquoi Relatio ne s'intéresse qu'à ce qui se passe réellement entre les individus, sans pour autant jamais chercher à créer des systèmes de pensée, en restant toujours au niveau de la description.

Il faut bien comprendre qu'en refusant toute tentation de croire aux concepts abstraits, Relatio refuse en même temps toutes les morales, toutes les religions, tous les systèmes de croyances philosophiques, tous les sciences dites humaines (comme s'il existait des sciences inhumaines !) et particulièrement la psychologie et l'étude de notre Moi mythique.
Relatio refuse en même temps toutes les démarches de nature explicatives.

La seule application de l'axiome principal et de son théorème corollaire est une remise en question complète de toute notre culture occidentale basée, plus sur des croyances que sur des observations de réalités concrètes.

Quand le pratiquant de Relatio touche à un problème donné, quand il utilise un mot du langage courant, - et il est bien obligé de faire cela en permanence -, il a toujours à cœur de définir le mot utilisé de la façon la plus concrète possible.
Par exemple prenons le mot communication : il peut désigner la communication en générale, le fait de communiquer avec les autres, (et c'est cela qu'il désigne dans les sciences humaines classiques). Pour Relatio, ce terme de communication désignera une séquence précise d'interactions entre deux ou plusieurs personnes, à un moment donné du temps et dans une circonstance particulière.

Ce qui permettra de formuler le deuxième axiome ainsi : Axiome 2 : " Tout est communication "

Ce qui signifie que, pour nous, tous les problèmes humains peuvent se ramener à des problèmes de communication entre individus, y compris les conflits entre les peuples.
Or, comme le dit Palo Alto : " II est impossible de ne pas communiquer " car il n'y a pas de non comportement.

Qu'il s'agisse de conversations au coin du feu, de disputes conjugales, d'éducation des enfants, de management, de relations commerciales, et, selon Palo Alto, même de maladies mentales, tout revient à étudier des communications plus ou moins saines, plus ou moins satisfaisantes, plus ou moins efficaces…

A partir de là, nous entrons dans le monde fourmillant des théorèmes de Relatio tous issus des axiomes fondamentaux ci-dessus.

Théorème II :
" Dans toute communication, il existe le contenu et la relation ".

Dans un monde dominé par la Carte et ses concepts abstraits, il est naturel d'attacher la plus grande importance aux idées, donc au contenu de ce qui se dit, de ce qui se fait…

Palo Alto, nous montre au contraire que c'est le volet Relation de toute communication qui est dominant pour comprendre nos actions quotidiennes, quelles soient vécues comme normales ou pathologiques.

La relation, ou la façon dont chaque partenaire interprète ce qui se passe, voit l'autre et voit l'autre le voyant… colore le contenu de chaque interaction d'une signification fondamentale. Ce qui fait que le même contenu pourra prendre des sens variés, voire même opposés, selon le contexte relationnel dans lequel il se présentera.

Prenons un exemple simple : le verbe : questionner. Le bourreau questionne son prisonnier, la femme questionne son mari, ou l'élève questionne le professeur… trois significations bien différentes du même mot, trois significations en rapport direct, non pas avec la phrase (Contenu) mais avec les rôles des participants (Relation).

L'analyse du contenu des communications s'appellera l'analyse sémantique, ou analyse du sens du DIT.

L'analyse des différentes façons d'appréhender ce qui se passe sera appelé analyse relationnelle ou encore Méthode Relatio (ou encore AR).

A partir de là, tous les théorèmes de l'analyse relationnelle découleront des différents critères de toute interaction entre les individus.

Ils sont étudiés dans ce lexique. Citons les principaux et reportons-nous à la définition des termes ci-dessous pour en savoir plus :
" Toute communication est perçue par chaque partenaire comme coopérative ou antagoniste (la paix ou la guerre) ",
" Toute communication est perçue par chaque partenaire comme symétrique ou complémentaire ",
" Dans toute communication, chaque partenaire se voit en position Dominante, Egalitaire ou Dominée ",
" Toute communication est perçue par chaque partenaire comme ayant un début et une fin ",
" Toute communication est perçue par chaque partenaire comme étant centrée sur lui-même (Moi, Je), sur l'autre (Eux, Ils, Toi) ou sur le Nous ".

Chacun de ces théorèmes donnera naissance à autant de critères permettant d'analyser la relation à un moment donné du temps t et l'intérêt fondamental de Relatio sera de montrer, qu'à chaque moment donné de la relation avec l'autre, c'est la façon d'utiliser ces critères qui contribuera au succès ou à l'échec des partenaires.

L'axiome de fermeture sera très simple à évoquer :
" Tout ce qui ne peut se définir à l'aide des axiomes ci-dessus n'appartient pas au monde de la communication que l'on peut connaître "