Héraclite

 

Notre monde contemporain est le monde de l’existence. Nous ne voyons autour de nous que des objets, et des personnes distincts, chacun semblant posséder des caractères fixés dans le temps. Nous trouvons confortable de pouvoir décrire les choses et les gens en termes statiques : elles sont.

 

Nous sommes en cela, les descendants spirituels d’un certain Aristote et n’avons pas su écouter Héraclite (philosophe grec né à Ephèse en 576 avant JC et mort en 480 av JC), plus subtil qui nous avait pourtant ouvert les yeux et l’esprit à une conception mobile de la réalité.

 

Que disait-il ? 

« Le soleil est nouveau chaque jour. »

« Pour ceux qui entrent dans les mêmes fleuves, autres et toujours autres sont les eaux qui s'écoulent. »

« On ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve. [Toutes choses] se répandent et de nouveau se contractent, s'approchent et s'éloignent. »

 

Héraclite ne semblerait pas de nos jours « politiquement correct » car il déclarait que, de quelque côté qu'il se tourne, il ne trouve nulle part la connaissance vraie. Le commun des humains n'a aucune intelligence de l'éternelle vérité. Aujourd’hui, en 2008, nous refusons de penser en termes de différences, et nous préférons par exemple, clamer l’égalité des intelligences, au grand mépris de l’évidence.

 

Pour Héraclite, rien dans le monde entier ne demeure un seul instant identique à soi-même : tout passe, tout change, tout meurt à chaque moment. C'est ce qu'il exprimait par ces formules restées célèbres : Tout coule et on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve.

Aucune chose n'est à proprement parler : tout devient, tout passe d'un contraire à l'autre ; tout se confond, les contraires sont identiques, et c'est un même être, toujours fuyant, qui revêt tour à tour les formes les plus opposées. Le jour devient la nuit, et la nuit le jour ; le petit devient grand, et l'invisible visible; le haut est le bas, ce qui est salutaire est ce qui est nuisible, le commencement est la fin, le mortel est l'immortel... L'été est l'hiver, la guerre est la paix. L'argile dont les choses sont faites revêt sans cesse de nouvelles formes. C’est à peu de chose près le concept du yin et du yang des Asiatiques.

 

Pour Héraclite, une seule chose est constante, permanente, c’est le changement. Tout passe et rien ne demeure. Rien ne peut être pensé sans son contraire. Le conflit constant des contraires est défini comme le père de toutes choses. Mais tout est gouverné par le logos. Le logos est le législateur pour tout ce qui est, et il est l’unité des contraires.

 

Comme on va le voir toute notre civilisation s’est construite sur des principes contraires à ceux d’Héraclite, qui sont aussi ceux des philosophies orientales et aussi de Relatio.