Paradoxe

 

La pensée courante fait souvent une confusion entre contradiction et paradoxe.

La contradiction se manifeste par la présence co-occurrente de deux propositions opposées. Par exemple quand on dit à la fois qu’on est autoritaire et soumis au cours de la même conversation, le partenaire se croit en droit de dire : « Tu te contredis ».

(Notons qu’il s’agit d’un partenaire non pratiquant de Relatio, sinon il aurait compris qu’une même personne peut être une chose et son contraire, si l’on pose les questions : quand, avec qui, dans quelle occasion, dans quel contexte social…)

 

Le paradoxe (souvent de nature logique) est une affirmation qui contient son contraire, mais à un niveau d’abstraction différent. Palo Alto étudie le paradoxe comme générateur de maladie mentale, mais aussi comme méthode d’intervention thérapeutique permettant de sortir des impasses de ces mêmes maladies.

 

L’injonction paradoxale est souvent à l’origine de certaine névroses, dites alors expérimentales, bien qu’inconscientes de la part des personnes ayant engendré cette névrose.

La mère de famille qui donne un ordre auquel le fils ne peut obéir qu’en désobéissant et vice-versa du type de : « Tu dois m’aimer, mais spontanément. », fait une injonction paradoxale dangereuse pour l’équilibre mental du fils en question.

 

Mais le paradoxe est aussi utilisé pour soulager certaines névroses. Une injonction paradoxale décrite par Palo Alto est celle de la personne souffrant d’insomnie et qui ne peut s’endormir avant deux heures du matin à qui le thérapeute donne l’ordre de s’endormir encore plus tard, à trois heures du matin. Cela s’appelle aussi prescrire le symptôme, c’est une thérapie paradoxale car elle va à l’encontre de la logique ordinaire qui prétend que l’on peut s’endormir par la volonté, en faisant un effort pour dormir. Ce qui immanquablement a pour conséquence de nous tenir éveillés.

 

Pour illustrer les différences entre ces deux mots reprenons l’exemple d’Epiménide le crétois. S’il dit : « Les crétois sont des menteurs et les crétois disent la vérité », il se contredit du point de vue de la logique de la Carte. Mais s’il dit ce que nous savons déjà : « Les crétois sont des menteurs et je suis crétois » il nous plonge dans les affres d’un paradoxe.

Car, dans cas s’il dit la vérité, il ment, et s’il ment, alors c’est qu’il dit la vérité et ainsi de suite. Voilà le miracle du paradoxe.

 

Notons encore une fois si nécessaire qu’il n’y a nullement de paradoxe ici, si l’on refuse la façon dont le problème est posé : au niveau des généralités.

En effet : Epiménide est un crétois, rien à dire jusque là ; il est et restera crétois. Il dit : « Les crétois sont des menteurs », tous les crétois ? Mentent-ils tout le temps sans exception ? Bien sûr que non ! Alors Epiménide ment-il ? Parfois comme tout le monde, mais ment-il en disant que les crétois sont des menteurs ? Comment le savoir ?

Où est passé le paradoxe ? Nous avons ici un paradoxe fabriqué, juste créé pur compliquer et embrouiller nos esprits faussement rationnels.