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Ponctuation
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« Une
histoire connue de presque tous les étudiants en psychologie raconte
qu’un rat de laboratoire dit de son expérimentateur : « J’ai
fait subir à cet homme un entraînement pour qu’à chaque fois que j’abaisse
ce levier, il me donne à manger » Watzlawick : La réalité
de la réalité, p. 67 Bien sûr, le rat voit la séquence : « J’abaisse
le levier et il me donne à manger », alors que l’expérimentateur
voit la séquence : « J’ai dressé le rat à abaisser le levier
pour avoir à manger ». Tous deux ponctuent différemment la
séquence, tout en restant d’accord sur ce qui se passe, sur le contenu
des interactions. A ce titre, on peut dire que l’axiome
de la ponctuation n’est pas un problème de contenu, mais bien de relation ;
et les conflits dus à la ponctuation seront parmi les plus difficiles
à résoudre. En effet, le cours pratique Relatio, montre que cet
axiome de la communication, découvert par
L’Ecole de Palo Alto, explique la genèse d’un grand nombre de conflits
entre individus. Car les gens n’envisagent qu’un seul point de vue,
qu’une seule vision de la relation : la leur ; le conflit de ponctuation
peut ainsi s’éterniser en une suite de conflits sans fin. Donnons
quelques exemples. Dans la littérature de Palo Alto, nous trouvons l’exemple
de l’homme qui reste dans son fauteuil pendant que la femme fait le ménage.
Le femme pense : « Il faut que
je fasse tout dans cette maison, car il n’est pas capable de se lever de son
fauteuil » et le mari pense : « Je ne peux rien faire ici, car elle s’occupe de tout ». Ils
sont totalement d’accord sur le contenu : que lui ne fait rien et que
c’est elle qui fait tout dans la maison, mais le conflit provient du fait
qu’ils ne font pas commencer l’histoire au même moment. L’axiome de la ponctuation permet d’analyser des relations
répétitives, mais on peut aussi en voir l’utilité dans le cadre de stratagèmes
de la communication. Il est
bien connu, nous l’avons vu en étudiant la Sémantique
générale, que l’on porte facilement et rapidement des jugements
définitifs sur les gens que nous fréquentons. Parfois ces jugements
peuvent être modifiés par des techniques utilisant la ponctuation. Voici un exemple vécu que je vais appeler l’histoire des deux gendres. Mon
ex-future belle-mère avait deux gendres putatifs : le premier qui était
gentil, l’aidait à faire les courses, lui portait ses lourds paquets,
débarrassait la table, et faisait le café… entre autres menus services.
L’autre, ne faisait rien de tout cela ; il restait les pieds sous la
table et partait dans un coin pour lire quand la réunion l’ennuyait. Un jour,
le gentil futur gendre en a eu marre, et a décidé qu’il refusait de faire le
café : aussitôt il a été catalogué comme rebelle, arrogant, pas
serviable… Un autre jour, l’autre gendre s’est spontanément levé de table en
annonçant : je vais vous faire le café. Et ce fut le triomphe : il
devenait d’un coup le plus gentil des deux. En fait, il est clair qu’une seule bonne action après une
série de mauvaises permet, en étonnant le public, de faire
changer d’opinion et de comportements ; l’inverse fonctionnant
tout aussi bien. Cela rappelle un stratagème de guerre chinois (Lire Les 36 stratagèmes, voir
bibliographie). Pour sortir d’une ville assiégée, sans que les assiégeants
aient le temps de combattre, voici ma technique. Un petit groupe de guerriers
assiégés ouvrent les portes de la ville et sortent sous les remparts.
Aussitôt les assiégeants se lèvent prêts à combattre. Mais les
assiégés, loin d’être belliqueux, font des exercices de tai-chi-chuan et
rentrent tranquillement ensuite dans la ville. Le même manège se repère
pendant quelques jours, et les assiégeants ne bougent plus quand ils voient
arriver les sportifs matinaux. Jusqu’au jour ou les portes de la ville
s’ouvrent en gand laissant passer la troupe de guerriers au grand complet. Ce stratagème s’appelle mentir Þ mentir Þ mentir…
Þ dire la
vérité. Il s’agit bien d’un changement de ponctuation ; il s’agit aussi d’une opération de recadrage. On retrouve la notion de ponctuation en tant que critère
des adjectivogrammes,
sou le nom de Entreprenant
/ Réactif.
L’entreprenant étant le trait de caractère selon lequel « je
vais vers les autres » ; le réactif étant celui qui me
fait attendre que l’autre me parle pour lui répondre. On voit la ponctuation quand on demande à une personne de
raconter un événement récent ; si elle commence par « J’étais… », elle montre la
modalité entreprenante, si elle commence par « Elle est venue… », la modalité réactive. La ponctuation est également un critère
codé par l’analyse
relationnelle des interactions.
Dans ce cas, les codes sont N1 pour entreprenant et N2 pour réactif.
Etant évident qu’une personne ayant des compétences relationnelles utilisera
à tour de rôle les deux modalités selon l’objectif ici
et maintenant. Voici quelques exemples pris dans des textes de
commerciaux d’entreprise : « Je suis allé
voir mon client et je lui ai demandé de me dire son avis sur le produit
X » (phrase codée N1) ou « Mon client Z m’a fait part de ses griefs
sur le produit X (N2) et je lui ai répondu que… (N1) » Enfin une autre utilisation en analyse relationnelle de la
ponctuation permet d’obtenir un plus grand détachement
vis-à-vis de ce qui se passe.
Le schéma ci-dessus montre que la pratique du détachement
est aussi une autre façon de ponctuer les événements de notre vie. En mettant en parenthèses les interactions du point de vue
de B, nous nous excluons en quelque sorte de la relation elle-même,
et augmentons en même temps notre capacité à voir
ce qui se passe, à analyser
à la volée la situation dans laquelle nous sommes, et à déterminer la bonne stratégie
pour continuer notre route vers l’objectif final. Nous voyons ici que la ponctuation classique, qui nous
semble naturelle, est de loin la moins efficace car si nous nous enfermons à
l’intérieur de la relation, nous ne pouvons rien voir et nous sommes
fragilisés par rapport au partenaire qui peut, à tout moment, devenir un
adversaire. |