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Principe de non idéalisation
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Vivre dans le monde de la Carte,
nous l’avons vu, comporte quelques dangers, entre autres celui de nous
éloigner du monde concret,
et de nous faire perdre nos compétences en matière de savoir-faire relationnel.
Mais ce n’est pas tout : le monde de la Carte possède un piège,
en apparence, inoffensif que l’on trouve quand on veut vérifier sur
le terrain nos idées abstraites. On peut jouer avec les concepts,
ils ne nous mordront pas, ils ne nous casseront pas la figure. Mais,
gare aux philosophes qui voudront vérifier leurs idées sur le terrain ! Au fil des siècles, nombreux furent les philosophes et les
poètes à inventer des mondes utopiques. Aucun fait ne résiste à la plume. On
peut aller jusqu’à dire que, dans notre culture occidentale, les plus grandes
idées ont germées dans les esprits des terribles utopistes, « terribles
simplificateurs », qui, « les yeux pleins d’étoiles »
comme le disait Watzlawick, nous ont tricoté une montagne de problèmes
auxquels on est aujourd’hui bien incapables d’échapper. Les plus grands utopistes, je les ai déjà dénoncés dans le
premier Art de manipuler (1978),
ils se nomment : Jésus, Rousseau, Freud, Marx… et quelques autres. On pourrait ajouter Aristote, Descartes… etc. La mélasse
qui nous englue l’esprit et qui nous amène régulièrement à compliquer ce qui
est simple, c’est à ces gens-là que nous la devons. Petits génies de la Carte, mais tous handicapés de la
relation. Car enfin, Jésus a échoué, son père l’a abandonné,
paraît-il ; Rousseau ne nous a pas montré l’homme naturel, il nous a montré
son zizi ; Marx nous a décrit un monde que personne n’a jamais réussi à créer
; Freud n’a jamais prouvé le moindre rapport entre ses élucubrations et la
vie telle qu’elle est. Quant à Descartes, il nous a appris, après Aristote, que,
justement, la pensée dirige et doit diriger tout, y compris les actions
concrètes, et que le monde est composé d’entités séparées et distinctes. Tous ces maîtres à penser, véritables criminels de
l’humanité, ont en commun une croyance fondamentale : la Carte doit diriger le Territoire. La Carte c’est la Morale
du Bien et du Mal pour l’un, la Raison ou la Nature pour l’autre, la Justice
pour un autre ou encore l’Inconscient pour le dernier. Ils ont inventé nos
modernes devoirs de philosophie, sur lesquels planchent aujourd’hui nos
malheureux gamins. C’est grâce à eux - ou plutôt par leur faute - que, maintenant,
nous avons bien du mal à faire comprendre à nos élèves Relatio, à quel
point tous ces concepts abstraits, non seulement ne servent à rien,
mais encore leur sont nuisibles et qu’en outre, ils ne correspondent
à aucune réalité
concrète. Toute formation Relatio doit commencer par un nettoyage de
printemps complet ; il faut éradiquer les toiles d’araignée qui
encombrent notre esprit ; il faut nettoyer les écuries rationnelles
et morales avant de pouvoir y loger nos méthodes et nos outils. Nos grands penseurs ont inventé l’idée de progrès,
l’idée selon laquelle, plus les siècles passeront, plus nous nous approcherons
d’une ère idéale. Heureusement
c’est une idée en perte de vitesse en ces temps de pessimisme ; aujourd’hui,
la plupart des gens semblent croire que les lendemains qui chantent
sont remis sine die. Mais c’est une idée qui reste pernicieuse, car
elle garde toute sa force dans nos actions quotidiennes. En effet, dans
notre couple, dans nos relations avec nos enfants, ou avec nos patrons,
nous gardons présent à l’esprit, l’idée de relations « idéales »,
celles que nous réussirons à créer demain, et que nous souffrons
de ne point pouvoir matérialiser aujourd’hui. Les sondages ne passent-ils pas leur temps à nous demander
comment nous voyons l’avenir : en rose ou en noir ? L’idéalisme n’est pas mort, mais il convient de lui faire
la chasse, comme nous le faisons aux généralisations
et aux explications. Ici, attention aux pièges des dualismes.
On nous dit parfois : vous prônez le pessimisme. Mais, ce
n’est pas parce qu’on déclare nuisible une idée que son contraire est à
promouvoir ; ceci est encore une vue dualiste. Nous pensons qu’il est temps d’améliorer nos relations
quotidiennes en utilisant des outils en bon état de marche et efficaces. Qui voudrait bêcher son jardin avec une bêche cassée ? Ou
pire, avec une brosse à dents ? C’est pourtant ce que nous faisons dans notre
jardin-esprit. Mais, améliorer les relations avec nos partenaires ne nous
oblige pas à poursuivre un but « idéal ». Toute amélioration
concrète est déjà
un petit pas, qui en amène un autre. Dans quel but ? Dans le but de
cette amélioration elle-même. |