|
|
Redondance
|
|
|
|
A strictement parler, la redondance d’un texte est la
partie du texte qui pourrait être
supprimée sans nuire à la compréhension générale. En apparence donc, il
semble que la redondance soit une partie inutile des textes, nous verrons qu’il
n’en est rien. La redondance s'oppose à l'information.
Un texte dont l'information est maximum ne possède aucune redondance
et vice-versa. On peut définir la redondance de plusieurs façons : 1. La partie d'un texte que l'on
peut effacer sans ôter la moindre information, 2. L'art de dire plusieurs fois
la même chose avec des mots différents, 3. L'art de "délayer"
le discours. Exemple de redondance simple : le télégramme qui veut dire
"Nous sommes arrivés jeudi 3
février 1972 à 6 heures du matin" (12 mots) peut se contenter de dire "Arrivés 3 février 6 heures"
(5 mots). On peut donc dire que la redondance de ce texte est de 60 %. Un autre exemple bien connu est celui des oranges pas
chères de Fernand Raynaud. On parle parfois de redondance phonétique (redondance au
sein d’un mot), de redondance syntaxique (au sein des phrases) ou de
redondance pragmatique
(redondance au sein des communications en général). La redondance est nécessaire au sein de toutes nos communications,
car aucun esprit humain ne fonctionne comme un ordinateur : il nous
faut entendre les choses plusieurs fois pour les bien mémoriser.
Il faut nous en dire beaucoup pour qu’en retienne un peu. En effet, nous allons voir qu’il existe des rapports assez
stricts entre redondance et taux de mémorisation ; donc, par voie de
conséquence avec la compréhension des messages,
ainsi qu’avec la capacité à adhérer à ce qui est dit. D’abord, avant toute chose, il importe que l’élève en analyse
relationnelle prenne conscience qu’il mémorise une toute petite
partie des communications entendues dans la vie de tous les jours. "La capacité pour l'enregistrement des messages est
donc limitée quant a la quantité d'information qu'elle peut traiter"
(Hörmann, 1974, p.74) La quantité d'éléments que l'auditeur peut mémoriser dans
un contexte donné ne dépend pas de l'émetteur, ni de la qualité du message,
mais surtout de la capacité du « canal de communication »
du récepteur dans ce contexte donné. Le canal de communication est comme une
route : il conditionne le nombre de véhicules maximum qui peut y
circuler en un laps de temps donné. Comme sur l’autoroute ou, à partir d'un
certain trafic, la vitesse des véhicules ralentira, puis soudainement, tous
les véhicules se trouveront immobilisés. Plus rien ne passera. Le canal sera
obstrué. On savait cela depuis longtemps ; dans
son excellent livre cité dans notre bibliographie (et hélas épuisé !) Hans
Hörmann fait référence à des expériences datant du début du XXième siècle. « Si le message est court, l'information reçue par
l'auditeur est égale à l'information transmise par la source : il n'y a pas
de perte d'information. Si les messages sont un peu plus longs, le nombre
d'erreurs est peu élevé ; mais ceci signifie que la quantité d'information
reçue croit. Pour une longueur moyenne, la différence entre l'input et
l'output est à peu près constante ; une certaine quantité d'information
transmise est toujours perdue. Si le message est très long, la perte
d'information augmente brusquement et ne peut plus être compensée par
l'augmentation de l'information transmise. » (Hörmann, p.78) Quelles sont les techniques qui permettront d’augmenter la
mémorisation des messages ? Nous citerons, dans le cadre de communications
linéaires (discours monologués) l’importance de respecter la structure
du langage du récepteur,
et dans le cadre d’une communication interactive, le fait de faire parler
le partenaire sur le sujet qui nous intéresse. Revenons quelques instants sur le chapitre de la mémorisation
des phrases et des messages, et posons-nous la question fondamentale
pour tout service marketing et service de ventes : comment augmenter
la mémorisation des clients ? En restant dans le cadre d’une communication linéaire,
situation obligatoire dans le cas de publicité et de toute promotion sans
retour immédiat des clients. Reprenons notre phrase fétiche :
On remarque, dans ce schéma (qui s’appelle techniquement
un indicateur syntagmatique), que certains « nœuds » se situent plus
haut que les autres. La grammaire générative nous a appris que cette phrase
est une des milliards de phrases possibles dérivées d’une seule « phrase minimale » de base
qui serait : « Le chien mord », et que l’on symbolisera par
la formule SN + SV (syntagme nominal + syntagme verbal). En effet, par transformations successives : - Le chien Þ Médor - Médor Þ Le
chien de la voisine - Le chien de la voisine Þ Le
chien de la voisine qui habite au 15 de la rue de la Gare… Et ainsi de suite, sans fin. A partir de cette phrase, voici la question que nous
posons très souvent à nos stagiaires : « Comment peut-on découper en deux parties logiques cette phrase
? » Il n’y a qu’une bonne
réponse. Nous obtenons deux types de réponses : avant le
segment « a mordu » ou après « a mordu ». La seule réponse acceptable est : avant, car la phrase
minimale : le chien mord ne peut se
découper qu’entre les deux segments : le chien et mord. La coupure logique est symbolisée par une barre dans le
schéma. Chomsky nous a fait découvrir qu’il existe un lien entre
le découpage sophistiqué de l’indicateur syntagmatique et la façon dont notre
esprit semble fonctionner dans ses opérations de mémorisation. En effet, les seuls éléments de la phrase que nous
n’oublions pas sont le substantif chien
et le verbe mordre. Après de longs jours, lorsqu’on demande aux personnes
l’ayant entendu de nous restituer la phrase, ce dont ils se souviennent
(presque) toujours est qu’il s’agissait d’un chien qui mordait. Le reste de la phrase est souvent oublié et transformé par
des interprétations
multiples et parfois comiques : on parle du chien du commissaire, de
la voisine du commissaire... Ainsi, plus les éléments de la phrase sont reliés à des
nœuds secondaires, plus ils seront oubliés. Nous retrouvons ici, de façon
plus scientifique, l’idée bien connue selon laquelle les mots mis en position
de sujet ou de verbe (dans la grammaire classique) sont plus facilement
mémorisés que ceux qui figurent en compléments ou dans des propositions dépendantes
de la principale. Si l’on joue à un jeu de mémorisation avec les personnes
qui ont entendu la phrase quelques jours avant, en leur montrant la phrase
mot à mot : « Le... », puis « Le chien... »
et en leur demandant à chaque fois quel mot vient ensuite, les taux d’erreurs
des réponses sont en rapport avec la position des segments dans l’arbre
syntagmatique ! En fait, plus le passage d'un mot à l'autre demande de
franchir un nombre important de nœuds, plus il faut chercher des nœuds élevés
dans la hiérarchie de l’arbre, plus les erreurs de mémorisation sont
nombreuses. Plus il sera nécessaire de franchir des « pas »
pour aller d’un mot à l’autre, plus la mémorisation séquentielle sera
difficile. Par exemple entre « voisine » et « a
mordu », il faudra franchir 5 pas et remonter jusqu’à la racine : il
n’y a pas d’association mentale entre ces deux blocs de mots dans l’esprit
des personnes qui ont entendu la phrase. On voit qu’il existe un moyen quasi scientifique de créer
des messages, des arguments, obtenant le maximum possible de mémorisation,
dans le contexte d’un certain type de relation. Il faut et il suffit pour cela que les phrases émises
contiennent peu d’informations et que les parties les plus importantes du
discours soient en position élevée dans les nœuds des arbres syntagmatiques. Ainsi, pour faire mémoriser au mieux les phrases et le
sens de nos discours aux autres, il faut apprendre à maîtriser le taux de
redondance de nos textes écrits et oraux. Plus un texte est redondant, plus
il sera mémorisé, et cela jusqu’à une certaine limite au delà de laquelle le
récepteur s’apercevra d’un certain rabâchage du locuteur. Les phrases devront être courtes et faire apparaître de
façon évidente une structure simple sous la forme d’un dérivé élémentaire
d’une phrase minimale : SN + SV, ou au maximum SN1 + SV + SN2, ce qui est une
autre façon de dire : Mais, malgré ces précautions linguistiques,
la mémorisation garde ses limites étroites, liées à la façon dont notre
cerveau fonctionne, et à cela nous ne pouvons - pour l’instant - rien
faire. Les psycholinguistes ont découverts depuis quelques
décennies, la « loi » dite de « 7 + ou – 2 ». Que signifie cette loi ? Soit une personne qui entre par
erreur dans une pièce où se tient une réunion ; « Oh pardon ! »
dit-elle. Elle referme la porte et se demande : « Combien étaient-ils
? » Selon ses capacités personnelles, elle aura la réponse
instantanément si les personnes en réunion sont de 5 à 9. Au delà de sa
limite personnelle, il lui faudra ouvrir la porte une deuxième fois et
compter. On peut faire la même observation pour le nombre de couleurs d’un
tableau qu’on ne fait qu’apercevoir, ou le nombre de voix dans une musique
que l’on n’entend qu’une seconde... Il lui faudra compter, à moins que les personnes présentes
dans la pièce soient positionnées de façon structurée. S’il existe par exemple, de façon nette quatre groupes de
trois personnes, tout le monde dira, avec un temps minime de réflexion : ils
sont douze. Ce qui ne contredit pas la loi de base : on compte 4 (groupes) de
3 (personnes) et l’on multiplie. C’est juste un peu plus long. On voit donc dans ce chapitre que la quantité de mémorisation
du récepteur peut être relativement contrôlée par l’émetteur.
Cela nous est fort utile en Méthode Relatio, selon que l’on veuille
justement être compris, ou au contraire paraître confus. Si l’on veut être compris des partenaires, il faut et il
suffit : - d’une part d’employer leur propre
vocabulaire, - d’autre part de construire des
phrases redondantes, - enfin, de positionner les mots
à retenir en priorité en position charnière dans les phrases. La question que l’on se pose maintenant est simple :
peut-on apprendre cela ? Peut-on contrôler sa propre redondance verbales,
écrite et orale. Pour cela nous avons créé deux outils : le TPEA
et le EMR. Ce sont des
outils utiles pour maîtriser le degré de redondances de nos textes et
de nos discours oraux, et c’est aussi deux outils de pédagogie permettant
aux élèves de bien mémoriser ce qui se dit. |