Relation

 

Le terme de « relation » est central dans la Méthode qui, en fait, porte son nom : Relatio®. Toutefois, on ne peut que regretter que ce terme fasse partie de l’anti-dictionnaire, car il est éminemment de type Carte abstraite et signifie beaucoup trop de choses différentes pour être efficace dans la description des relations humaines.

 

Nous le garderons uniquement en précisant bien de quoi il s’agit, c’est-à-dire en en faisant un terme plus proche du Territoire.

Dans la langue courante, on utilise le terme de relations pour désigner les personnes que l’on connaît et avec qui nous sommes en rapport. On dit alors que « l’on a beaucoup de relations ». Le terme mesure alors une dimension quantitative : le nombre de personnes que nous connaissons.

 

On utilise aussi le terme relation, dans une acception plus qualitative, pour désigner la qualité du rapport que l’on a avec autrui ; on dit alors en parlant d’une personne que « l’on a de bonnes relations avec elle ».

 

Le petit Robert nous suggère aussi d’autres définitions de ce terme : il peut s’agir aussi d’une relation sentimentale, d’une fréquentation, d’une relation de cause à effet…

 

Le mot relation dans ces définitions, accepte un grand nombre de qualificatifs ; on parle de relations commerciales, internationales, universitaires… ou encore familiales, conjugales…

 

Ces définitions ont toutes en commun d’être trop générales, trop abstraites pour nous. Petit Robert s’approche un peu plus de notre définition du terme quand il dit : « Tout ce qui, dans l’activité d’un être vivant, implique une interdépendance, une interaction ».

 

Pour nous, comme pour Palo Alto, le terme de Relation s’oppose à celui de contenu telle que l’a défini Paul Watzlawick dans « une logique de la communication » :

« Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation, telle que le second englobe le premier et par suite est une métacommunication. »

Terrible phrase qui définit à la fois les deux termes antagonistes entre eux, mais aussi positionne la relation à l’aide d’un troisième concept qui demande explication à son tour : la métacommunication.

Nous verrons dans la définition du terme de métacommunication, que cela signifie que la relation est avec le contenu dans un rapport de contenant à contenu ; le contenu est une partie de la relation qui lui donne un sens.

 

Cette définition est d’autant plus complexe à comprendre que, pour Palo Alto, et c’est dit clairement dans le même ouvrage : il n’existe pas de communication en général, et le terme de communication désigne uniquement des relations concrètes, des interactions entre individus ou groupes. Il faut donc se rapporter aux définitions de ces termes dans notre lexique pour faire le tour de la compréhension du terme relation.

 

En acceptant l’idée de base de Palo Alto selon laquelle, communication comportement et interaction sont des termes synonymes, on peut récrire la phrase ci-dessus de la façon suivante :

« Toute interaction présente deux aspects : le contenu et la relation, telle que le second englobe le premier et par suite est une métacommunication. »

 

Nous préférons illustrer par des exemples la définition de ces mots : le contenu est constitué de la partie visible, ce qui se dit et ce qui se fait entre les individus observés : les mots échangés, les mimiques et grimaces, les mouvements corporels… bref le contenu est constitué d’éléments audio et/ou visuels, il peut être enregistré, ou filmé.

En apparence donc, le contenu d’une interaction est la partie objective de celle-ci.

 

La relation entre les individus est ce que chacun pense de l’autre, comment chacun se positionne par rapport à l’autre, à ce qu’il dit et à ce qu’il fait… et aussi la façon dont chacun croit que l’autre se positionne par rapport à lui, et à ses actions. Ainsi, définie, la relation devient relativement impalpable, sans matière concrète, et aussi totalement subjective.

En effet, le contenu peut faire l’objet d’une multitude d’analyses et l’analyse sémantique fait partie de ces analyses possibles des contenus échangés au cours d’une interaction. On peut compter les mots, le nombre de fois où chacun sourit ou croise les bras…

Alors que la relation, essentiellement composée de « pensées gardées secrètes » semble la partie non analysable de l’interaction. C’est pourquoi, jusqu’à ce jour, aucune méthode ne semble avoir vu le jour, capable d’analyser de façon scientifique ce versant de la communication.

 

La relation part handicapée par rapport au contenu. En effet, elle a le double inconvénient d’être invisible, et totalement subjective.

 

Invisible car constituée de jugements, de réflexions, de réactions internes, d’interprétations, que chaque partenaire se fait en lui-même au cours de l’interaction, en grande partie, pendant que l’autre parle.

Prenons un exemple : un de mes amis me parle de sa façon dont il envisage ses rapports avec sa fille et, pendant qu’il parle, je pense de lui : « Quel con ce type ! ». Cette pensée, qui restera cachée de mon interlocuteur, est pourtant un élément fondamental de ma relation avec lui et il est probable qu’elle influera grandement dans mes prochains comportements avec lui et dans ma façon de le juger sur d’autres points.

 

La façon dont je me positionne par rapport à l’autre (dans cet exemple comme supérieur à lui car plus intelligent, position que nous prenons généralement quand nous pensons avoir raison contre autrui), est un élément fondamental de la relation, même s’il reste souterrain et invisible.

 

La relation est par définition subjective, car elle n’est rien d’autre que « la façon dont chacun voit la relation ». On ne dit pas que la relation EST, mais qu’elle est vue de telle ou telle façon par les protagonistes de l’interaction. Or, la relation est toujours présente dans chaque séquence de l’interaction, ce qui rend, d’une façon générale toute communication subjective. On verra que la Méthode Relatio sonne le glas de l’utopie de l’objectivité, but ultime du sage.

 

Mais l’écueil le plus grand que rencontre l’analyste de la relation, est que celle-ci ne possède pas de langage propre. On peut parler du contenu en termes de mots, de thèmes, de phrases… mais comment parler de la relation, autrement qu’à l’aide des mots courants de la langue usuelle, mots désignant des jugements, des concepts abstraits, des interprétations ?

La relation entre deux personnes ou plus, est par définition changeante, et mouvante à tout moment, or nos n’avons des mots que pour désigner ce qui est fixe.

L’écueil est grand car il semble qu’on ne puisse décrire ce qui n’a pas de langage. Notre esprit est handicapé pour percevoir la réalité d’une chose qui ne peut se décrire, et fonctionne comme si « ce qui n’a pas de nom n’existait pas ».

 

C’est ainsi que l’on pourrait définir la Méthode Relatio, pour faire court, comme une tentative de créer un langage permettant de désigner, de définir plus objectivement, la relation entre individus. C’était aussi l’idée fondamentale de Korzybski qui proposait de remplacer le langage naturel par un langage plus mathématique, afin que nous puissions tous désigner avec les mêmes mots les mêmes notions.