Sémantique Générale

 

Dans le cadre de ce lexique, il n’est pas possible de traiter de façon complète du rôle de la Sémantique Générale dans la genèse et le fonctionnement de Relatio, tant ce rôle est important.

Dans Relatio, tout peut se rapporter à la Sémantique générale de Korzybski.

 

Quelques mots toutefois pour dresser un tableau rapide des concepts de ce domaine repris par l’analyse relationnelle et ses pratiques.

 

La Sémantique Générale a été inventée par le comte polonais Alfred KORZYBSKI

L’idée de Korzybski était de pouvoir remplacer le langage naturel, trop flou, trop imprécis et peu en accord avec la réalité concrète, pare un langage de type mathématique en quelque sorte qui serait isomorphe avec le réel.

Ce qui est bien dans les conceptions des mathématiciens si l’on en croit cette citation de Hermann Weyl dans « La méthode de pensée mathématique » :

« En vérité, la première difficulté que rencontre l’homme de la rue lorsqu’on lui enseigne à penser mathématiquement, c’est de devoir apprendre à regarder les choses bien plus carrément en face ; sa croyance dans les mots doit être mise en pièces ; il faut qu’il apprenne à penser de façon plus concrète ».

http://vulgum.org/spip.php?article314

 

L’axiome fondamental de la Méthode Relatio, ou axiome d’ouverture, est à peu près le même que celui de la Sémantique Générale, selon lequel :

« Tout ce qui ne peut se décrire en termes de processus concrets, n’existe pas »

 

Cet axiome premier, signe, en apparence, l’arrêt de mort de toutes les croyances, valeurs abstraites, concepts et opinions que nous avons habituellement, et que nous avons la faiblesse de traiter comme si elles étaient réalités concrètes, existant dans la nature.

« Certaines notions très largement utilisées ne recouvrent aucune réalité, directement ou indirectement observables. » (Michel Saucet, 1983, p. 26)

« La réalité, telle que nous la concevons, n’a pas d’existence propre, c’est le produit de notre structure nerveuse. » (Michel Saucet, 1983, p. 32)

 

La sémantique générale est parfois aussi appelée logique non-aristotélicienne (ou non-A), dans la mesure où le langage du territoire est en complète contradiction avec les principes de la logique aristotélicienne.

 

Appliquer la Sémantique Générale, c’est se débarrasser, progressivement de tous les dualismes qui encombrent notre jugement et apporter des nuances entre les deux extrêmes : entre le blanc et le noir apprendre à voir les nuances de gris, entre le bon et le méchant, voir les comportements neutres, les changements de comportements selon les contextes…

« Dans une orientation extensionnelle, nous chercherons à penser d’une manière nuancée. Pour beaucoup de questions, la réponse par oui ou par non est une caricature de la réalité et nous enferme dans le réductionnisme. » (Michel Saucet, 1983, p. 150)

 

Un excellent exercice pour commencer à utiliser la Sémantique Générale consiste à lister les jugements que nous portons sur nos partenaires habituels, autant professionnels que personnels, puis de nuancer ces jugements en répondant à des questions contextuelles.

Par exemple je constate que mon ami Roger est « radin », jugement général qui fait partie d’une paire dualiste : Radin / Généreux (ou dépensier). C’est mon avis, pour autant que je sache… oui mais quand s’est-il montré radin ? Avec qui ? Dans quelles circonstances ? Sur quel sujet ? A quelle époque de sa vie ?

Les résultats d’un tel exercice, sont presque toujours les mêmes : mon ami Roger m’apparaîtra bien moins radin après cet examen de conscience.

Le schéma de la CARTE et du TERRITOIRE

 

 

C’est ce schéma qui fait dire à Korzybski que « le mot chien ne mord pas », exprimant par là que « la carte n’est pas le territoire », de même que la carte du restaurant n’est pas de même nature que le repas qu’elle nous propose.

 

Ce schéma a le mérite d’attirer notre attention sur une erreur que nous commettons souvent : celle de confondre la Carte et le Territoire, celle de confondre l’objet et le mot qui le désigne. Nous nous comportons tous les jours comme si nous avions peur du mot « lion » autant que de l’animal : le mot « lion » nous fait fuir.

 

Notre attention est également attirée sur la subjectivité des rapports que nous établissons entre les éléments de la Carte et ceux du Territoire. Nous confondons tous les jours la Réalité en soi, et notre vision de celle-ci. Cette erreur est illustrée par la devinette célèbre :

« Quel bruit fait un arbre qui tombe là où il n’y a personne pour l’entendre », version moderne du koan zen :

« Quelle lumière fait la chandelle qui brille dans la chambre quand tu en as refermé la porte ? ».

 

Ce que veut dire Korzybski - qui, entre parenthèses était aussi maître zen -, c’est que la réalité en soi n’existe pas, et qu’on ne peut percevoir que la réalité, vue par nos sens, par notre compréhension, par notre système nerveux central.

 

Ce type de pensée poussé à l’extrême, a donné naissance à un courant aujourd’hui bien vivace : le constructivisme, dont Paul Watzlawick est un des plus illustres représentants.

Voici quelques citations extraites de l’excellent livre collectif de Paul Watzlawick : « L’invention de la réalité » (Seuil, 1988)

 

« La conception que tout individu a du monde est et reste toujours une construction de son esprit, et on ne peut jamais prouver qu'elle ait une quelconque autre existence.» Erwin Schrödinger L'esprit et la Matière

 

« ...toute prétendue réalité est - au sens le plus immédiat et concret du terme - la construction de ceux qui croient l'avoir découverte, et étudiée. Autrement dit, ce qu'on suppose découvert est en fait une invention ; mais, l'inventeur, n'étant pas conscient de son acte d'invention, il la considère comme existant indépendamment de lui. » Paul Watzlawick

 

« Toutes les erreurs désastreuses qui en ont résulté ont la même origine : une vérification dans le domaine de la pensée est prise pour une vérification réelle et réussie dans le monde concret » Rupert Riedl

 

Cette dernière citation nous approche d’une grave conséquence de ce type d’erreur : la croyance que la logique de la Carte est « isomorphe » à celle du Territoire.

 

Le précédent schéma possède, selon nous, deux graves défauts : celui tout d’abord d’être dualiste (ce que Korzybski n’était pas du tout), et celui de ne pas faire apparaître suffisamment les processus de pensée et les relations d’un niveau à l’autre.

 

Nous commencerons par dire que, d’une part, il n’existe qu’un seul Territoire. On peut postuler qu’il existe quelque chose en dehors de nous, observateurs : ce quelque chose que nous appelons habituellement réalité, sera appelé ici par analogie Territoire. Quand nous prenons une carte de l’Autriche, nous ne mettons pas en doute, une seule seconde l’existence de ce pays, où nous allons souvent.

Mais qu’entend-nous par Autriche ? Un ensemble de villes, de routes, de montagnes, de monuments, de personnes... et un ensemble en mouvement permanent qu’il est totalement et définitivement impossible de décrire entièrement et précisément.

 

Donc, nous postulerons, qu’en un moment donné du temps (« ici et maintenant ») le Territoire existe, et que ce Territoire est impossible à décrire en son entier. La seule vraie Carte authentique d’un Territoire, est le Territoire lui-même. Toute représentation de celui-ci, aussi détaillée soit-elle, sera encore une Carte.

On voit qu’au sens strict de ces définitions, nous ne pouvons vivre ailleurs que dans des Cartes, même lorsque nous nous promenons au beau milieu d’un territoire bien réel.

 

Mais où est donc la Réalité, avec un R majuscule ? Nous n’allons pas tarder à vivre avec l’idée, au début inconfortable, que ceci est un faux problème, et que la réalité n’est aucune part ou partout à la fois, ce qui revient au même. La plupart d’entre nous, même après de longues années de pratique de la Méthode Relatio, continue à s’imaginer que la réalité est ce que nous voyons. Ce qui est la première de nos erreurs car notre perception est la première des cartes, la plus détaillée certes, mais c’est encore une représentation personnelle de ce réel toujours fuyant.

 

Nous savons tous que nous ne parlons pas de l’accident qui vient de se produire, mais de l’accident, tel qu’on l’a vu. Il faudrait- il faudra - tout un cours pour développer une description exhaustive des différents filtres qui font que nos perceptions du même fait peuvent diverger autant. La perception est la moins abstraite de nos cartes, à condition que nous apprenions à l’exprimer en termes concrets de « choses et de processus tangibles ».

 

C’est ici que le bât commence à blesser. Nous exprimons nos perceptions à l’aide de notre langage naturel (et comment faire autrement ?). Celui que nous avons appris avec nos parents et nos professeurs.