Sémantisation

 

Peut-on changer le langage et la sémantique d'Autrui ?

 

Certes, il est très facile de modifier le langage des autres dans la mesure exacte où le lexique, la thématique et la syntaxique qui sont nôtres, nous sont généralement inconnues, et/ou inconscientes.

 

Ce qui se démontre aisément à l’aide d’un exercice simple à réaliser.

Faites parler quelqu’un 5 minutes sur n’importe quel sujet, de préférence un sujet qu’il connaît bien, enregistrez-le et demandez-lui de vous dresser une liste des mots et expressions qu’il vient d’utiliser en précisant le nombre de fois où chaque mot a été prononcé.

Il en sera incapable, et commettra de nombreuses erreurs d’appréciation. Vous mesurerez ainsi les écarts existants entre ce que l’émetteur a voulu dire et ce qu’il a dit réellement, écarts entre le Message (M) et son interprétation par l’émetteur (M’ ou Encodage).

 

C’est parce que nous ne savons pas ce que nous disons, au sens lexical et syntaxique du terme, qu’il est facile de modifier le langage de quelqu’un.

 

Préalablement, il faut faire une remarque fondamentale en ce qui concerne la méthodologie. Il est facile d’introduire dans le langage de quelqu’un des mots nouveaux. Il suffit de parler soi-même avec ces mots nouveaux en prenant la précaution de les associer à des mots déjà utilisés par le partenaire.

Par mimétisme, et pour obéir à l’une des règles de base de toute relation, celle de la symétrie, le partenaire reprend rapidement nos propres mots : un nouveau langage s’implante ainsi dans son esprit.

 

Pour s’en convaincre, il suffit de s’observer répondant à un message : si notre correspondant a écrit « Bonjour », nous répondons « Bonjour », s’il signe « Amitiés », nous signons « Amitiés », même s’il s’agit d’un quasi inconnu… En répondant « Sincères salutations » à celui qui nous dit « Amitiés », nous aurions l’impression d’être malpolis, et de lui signifier : je ne suis pas ton ami… ce qui est proprement inacceptable dans une relation de type égalitaire et coopérative.

 

Implanter des mots nouveaux dans le langage d’autrui est facile à faire ; la greffe prend rapidement. C’est somme toute un travail de jardinier.

 

Mais, il en est différemment si nous voulons ôter tel ou mot du langage d’autrui. Car, de même qu’il n’est pas de non-comportement (Palo Alto), il est impossible de ne pas penser volontairement à quelque chose. Si bien, que toute tentative pour enlever un mot d’un langage, dans la mesure même où elle est exprimée, est vouée à l’échec.

A ce propos, les créateurs de la PNL on inventé un jeu amusant :

« - Pensez à un chiffre entre 1 et 100.

- Ca y est ? Maintenant, oubliez-le ! »

On retrouve ici le paradoxe : ce qui est d’ordre naturel, ne peut se commander.

 

Donc, il n’est pas de procédure valide pour « ôter » un mot du lexique de quelqu’un, car le fait même d’utiliser un mot même et surtout pour le combattre, ne peut que le renforcer et lui donner plus d’importance dans le langage.

Aussi, la bonne procédure sera double :

-          d’une part introduire dans le langage un mot concurrent du mot que l’on veut faire disparaître ;

-          d’autre part ne jamais utiliser le mot à bannir dans les conversations avec l’autre, et quand le partenaire utilise ce mot, lui répondre en le remplaçant par le (ou les) mot concurrent.

 

Mais changer le langage autrui ce n’est pas seulement en changer les mots ; cela suppose également en changer la thématique et les associations verbales (syntaxe), donc en changer le sens.

 

Il faut donc changer le champ syntaxique des mots dont on veut changer le sens.

Cette opération s’appelle la Désémantisation.

Si l'on change le contexte syntaxique d'un mot, il ne sera plus évoqué avec l'ancien contexte mais avec le nouveau : il aura alors proprement changé de sens sans que le locuteur concerné ait pu s'en rendre compte.

C’est proche de ce que Palo Alto a nommée le recadrage. C’est aussi de la manipulation.

 

Nous possédons des techniques permettant de modifier le langage d’autrui, soit par adjonction de mots nouveaux, soit par changement de sens des mots utilisés ; dans ce dernier cas les techniques sont dites de sémantisation et de désémantisation.

 

Examinons la technique dite du « chaînon manquant ».

"Si deux éléments A et B n'ayant pas de rapport entre eux, sont chacun séparément liés à C, ils deviennent à leur tour liés entre eux par l'intermédiaire de C." (Hörmann, p.159)

 

Si par exemple on veut créer l'association tige - odeur (qui ne se trouve dans aucune expérience d'association), on crée le lien entre deux associations déjà existantes : fleur - odeur et fleur - tige. Le mot "fleur" servira de "chaînon médiat" et permettra de modifier le contexte associatif de "tige".

 

Cette méthode est très pratique pour introduire dans une communication des mots nouveaux, et en même temps leur donner un nouveau sens contextuel.

 

Un autre exemple si l'on regarde le contexte du mot "sombre", on retrouve souvent "clair" (association par opposition). Mais si l'on crée des phrases avec sombre et diable, on trouvera plus souvent l'association sombre - enfer... parce que le mot diable se trouve fréquemment associé à enfer.

 

Il y a en quelque sorte - grossièrement dit – une certaine transitivité des associations verbales. Si B est associé fréquemment à C, il suffira d’associer A à B pour trouver, parfois l’association A Þ C.

 

Et là encore, la manipulation pointe le bout de son nez.