Jean-Jacques WITTEZAELE : L'HOMME RELATIONNEL

J'ai souvent eu le sentiment que ce qui nous plaît dans les livres que l'on lit, dans les théories que l'on découvre ou les recherches que l'on entreprend, c'est une sorte de révélation de quelque chose qui est déjà latent en nous. (p. 9)

Les habitudes de vie sont liées au milieu dans lequel on grandit et qu'il ne faut pas condamner une personne sur la base d'un acte commis. (p. 12)

Je pense que, bien souvent, ce sont les réactions de l'entourage, la mère, les autres membres de la famille ou, encore plus, les pays qui peuvent créer des problèmes, bien plus que l'absence d'une figure paternelle. (p. 14)

Je n'ai jamais supporté ce côté gnan gnan ou moraliste de beaucoup de psys. (p. 14)

Je n'ai jamais cru à tout ce qu'on a essayé de m'enseigner. Je pense d'ailleurs que je n'ai jamais beaucoup cru à l'enseignement… je crois pus à l'expérience. (p. 16)

Moins on a de théorie explicative sur ce qu'on fait, mieux on se porte… (p. 16)

J'ai toujours eu une sainte horreur de la censure, du principe même qui veut que certaines personnes décident de qui est bon ou non pour les autres - supposés inaptes à le savoir eux-mêmes. (p. 20)

L'importance pragmatique de l'épistémologie, cette " méta-science " qui met en évidence les présupposés, les prémisses, les fondements de notre pensée, et leur rôle dans la façon dont nous élaborons notre vision de l'homme et du monde. (p. 27)

Ces différentes théories et pratiques demeurent marginales dans notre culture et n'ont pas modifié la vision de l'homme, de ses relations, de la santé mentale, du changement et de l'intervention dans les affaires humaines. (p. 28)

Il s'agit d'une vision non-dualiste de l'homme qui ne sépare pas l'esprit de la matière ni l'homme de son milieu. (p. 29)

Plutôt que de désigner du doigt de la honte l'une ou l'autre partie de notre système global - les méchants médecins, les méchants industriels, les méchants professeurs - nous ferions mieux de regarder les fondements et la nature du système lui-même. (p. 29)

La science occidentale s'est toujours beaucoup plus intéressé à l'étude des entités séparées qu'aux liens entre celles-ci. (p. 32)

On ne peut percevoir l'uniformité, il faut qu'un élément quelconque vienne faire contraste pour qu'une perception puisse avoir lieu. (p. 40)

Il peut être surprenant de s'apercevoir que la différence n'est pas faite de matière, que ce n'est pas une " chose ", que la différence est une abstraction, un rapport, une relation entre les choses. (p. 40)

Il s'agit donc d'une approche holistique qui ne fait pas de séparation entre esprit et matière : ici l'esprit est une qualité émergente de l'organisation de la matière. (p. 43)

L'homme n'est pas préexistant, c'est la relation qui est première, les individus n'ont d'existence que comme résultats du processus interactionnel. (p. 43)

Cela nous conduit à concevoir le monde avant tout comme un réseau d'interdépendances plutôt que comme une collection d'individus, la réalité comme un processus plutôt qu'un état. (p. 44)

La conception dualiste qui estime que l'observateur peut être considéré séparément de la chose observée n'est jamais qu' "une construction élaborée a posteriori mais que, au départ de l'acte perceptif, les deux phénomènes ne font qu'un, ne peuvent que faire " un ". Cela devrait sonner le glas du mythe de l'objectivité puisque le simple fait de recevoir de l'information, c'est déjà être transformé par elle. (p. 45)

La perspective relationnelle envisage le monde naturel comme un processus global dans lequel tous les éléments sont interdépendants et évoluent de façon dynamique. Le milieu, l'environnement dans lequel nous vivons, n'est pas uniforme mais extrêmement diversifié ; de nombreux organismes le peuplent et, même si nous avons l'impression que ceux-ci peuvent être isolés de leur contexte, distingués de leur environnement, ils entretiennent en fait des relations vitales avec ce contexte. (p. 47)

Non seulement on reconnaît m'importance des relations entre l'homme et son environnement, mais on commence à " découvrir " que ce sont ces relations qui constituent l'essentiel de la vie non seulement sociale mis personnelle. On a passé beaucoup de temps à étudier les pauvres, les drogués, les racistes, le criminels, l'homme ou la femme… comme si l'explication finale des membres de ces différentes catégories sociales se trouvait enfouie à l'intérieur d'eux-mêmes. (p. 53)

On ne cherche pus la vérité, on la crée. (p. 54)

Il est possible que des individus qui possèdent certaines caractéristiques aujourd'hui extrêmement prisées se retrouvent demain incapables de faire face à un changement de l'environnement. (p. 54)

Au départ, l'individu est équipé génétiquement pur faire face à son milieu, il dispose, potentiellement, dune énorme diversité de conduites possibles, et ses contacts répétés avec son environnement vont imposer certaines restrictions à cette diversité : certains gestes seront encouragés, d'autres découragés. (p. 59)

Le milieu incite l'individu à changer. Qu'il le veille ou non, qu'il le sache ou non, l'individu est un produit de ses interactions avec le milieu ; il n'apprend pas (comme s'il existait une entité - fondamentalement non touchée - qui s'habillait de savoirs divers), il est ces diverses transformations. (p. 61)

Bateson explique l'apprentissage comme une série de limitations imposées à la diversité des réponses possibles dans un contexte donné. (p. 62)

Confronté à un contexte donné, l'individu se trouve au départ dans une situation qu permet une grande diversité de conduites ; il va généralement passer par une série de tentatives afin de trouver la meilleure issue possible ( de son point de vue), puis, petit à petit, il va corriger ses " erreurs " et finir par donner un certain type de réponse. Confronté à un contexte semblable ultérieurement, l'individu fournira la réponse " adéquate " directement :le choix a disparu en quelque sorte. (p. 62)

Ce concept d'apprentissage secondaire est extrêmement utile pour le psychothérapeute, l'éducateur ou l'enseignant car il fournit une basse opérationnelle permettant d'expliquer la formation de ce qu'on appelle généralement le caractère. (p. 65)

La théorie de l'apprentissage hiérarchique en niveaux logiques permet d'établir des distinctions capitales qui remettent en question beaucoup d'idées reçues quant à la façon de modifier les comportements ou les attitudes des individus au sein de la société. (p. 67)

On peut avoir envie de changer ou de résister au changement, on peut vouloir changer sans y parvenir. On peut même s'efforcer de changer : essayer de ne pas éprouver une émotion, essayer de s'endormir, essayer d'avoir confiance en soi… Dans ces derniers cas, qu'est-ce qui est à l'œuvre ? Qui essaie d'endormir qui ? Qui n'est pas content de l'état de qui ? (p. 69)

Lorsque nous vivons une expérience, nous apprenons non seulement " avec notre tête "mais aussi avec l'entièreté de notre organisme, avec nos émotions, avec notre corps. (p. 73)

L'homme a également la capacité de " savoir qu'il sait ". (p. 75)

On sait que chaque langage découpe l'univers en éléments et en actions ; il permet également de définir des classes d'objets, des abstractions qui renvoient à certaines caractéristiques communes à différents éléments ; c'est-à-dire qu'il digitalise d'une manière donnée un processus continu. (p. 76)

Comme notre culture occidentale et nos langages ne tiennent pas compte des relations et véhiculent des explications causales de type linéaire, ils couplet l'observateur de ce qu'il observe. (p. 76)

Chacun d'entre nos apprend à utiliser le langage en rapport avec l'expérience qu'il a du monde, ce qui fait que nous utilisons les mêmes mots mais que, pour chacun d'entre nous, le sens que nos leur attribuons est différent. ((p. 76)

Claude Shannon a montré que c'est le récepteur d'un message qui en fixe le sens, car c'est en fonction de son contexte personnel que le sens apparaît. (p. 76)

Nous créons ainsi des " réalités " abstraites qui deviennent des leurres après quoi nous courons :le bonheur, la démocratie, le bien et le mal, la solidarité, la liberté, l'objectivité, le courage, la discipline… autant de réalités que nous nous mettons à rechercher dans le monde de l'expérience comme si elles pouvaient s'y trouver. (p. 77)

Nous nous mettons à nous leurrer bous-mêmes, à regretter de ne pas être comme nous le souhaiterions, donc à préférer une illusion virtuelle à une expérience concrète. (p. 78)

Nous ne pouvons nous voir nous-mêmes et donc nous voyons le monde comme extérieur à nous. (p. 79)

Nous vivons en pensant que la vie est comme ça, que si elle n'est pas meilleure, c'est que malheureusement - et Dieu seul sait pourquoi -, les gens ne voient pas choses comme nous. (p. 81)

On finit par vivre dans un monde illusoire, représentant une espèce de compromis plus ou moins acceptable entre ce que nous vivons et ce que nous sommes censés vivre. (p. 84)

Nous vivons dans l'illusion que le monde est ce que nous pensons qu'il est et non pas ce que nous vivons. (p. 86)

Nous sommes parfois complètement pris par ce que nous vivons, donc complètement dans le processus ; dans ces cas-là, nous n'avons pas conscience de ce que nous vivons, du moins au sens réflexif du terme. (p. 89)

C'est là que nous commettons sans doute le péché d'orgueil, c'est-à-dire que nous attribuons à nos constructions intellectuelles le statut de réalité suprême, nous finissons par nous convaincre que le monde est bien comme nous l'avons imaginé ou inventé, comme dit Watzlawick. (p. 90)

Il y beaucoup de choses que nous savons faire sans le savoir, c'est-à-dire sans que ces capacités ou ces éléments de connaissance fassent l'objet d'une analyse consciente. (p. 94)

Je pense que, dans nos cultures occidentales, des principes religieux ou idéologiques ont tellement diabolisé certaines réactions naturelles qu'elle ont conduit l'être humain à mobiliser des circuits de contrôle pour les empêcher de se manifester. (p. 99)

" Il faut parfois faire les choses pour comprendre ensuite, et seulement ensuite, pourquoi on les a faites " C. Bobin

Les différents modèles de psychothérapie ont des implications politiques car la psychothérapie n'est pas seulement une réponse apportée aux difficultés personnelles des individus mais également un mode de régulation sociale de pus en plus utilisé. D'autre part, les conceptions culturelles de la " normalité " influencent les dispositions légales, notamment les mesures de protection des citoyens. (p. 101)

Les thérapeutes qui pratiquent des interventions stratégiques… considèrent que l'analyse des causes ne permet pas de traiter le problème. (p. 103)

Bref, les clés de l'explication causale ne sont pas les clés du changement : on peut savoir pourquoi un problème est apparu sans pur autant avoir la moindre idée de la façon dont on peut le résoudre. (p. 103)

Afin d'enrayer les escalades symétriques, il est recommandé d'introduire des modes d'échanges complémentaires (répartition des rôles et de fonctions distinctes pour lesquels chaque partenaire a une compétence reconnue) dans la relation ; pour atténuer l'éloignement complémentaire, on introduit des activités compétitives dans lesquelles la personne en position basse a des capacités que l'autre ne possède pas. (p. 107)

Lorsque quelqu'un est persuadé que quelque chose est vrai, il adapte son comportement à cette croyance, c'est-à-dire qu'il se conduit " comme si " c'était le cas, et, ce faisant, il induit les réactions attendues qui, à leur tour, renforcent la croyance. (p. 107)

C'est ainsi que, lorsque quelque chose nous a fait peur et que nous craignons que cela se reproduise, nous évitons tout risque et devenons exagérément attentifs à tout indice de récidive ; cela peut entraîner une sorte de prophétie auto-accomplissante, c'est-à-dire que nous remarquons subitement des tas de petits signes qui seraient passés inaperçus autrement et qui, pour le coup,
deviennent préoccupants. (p. 109)

Nous n'avons pas le pouvoir de décider de la vision du monde qui nous convient par un acte de volonté. (p. 110)

D'autre part, je pense qu'une bonne vision du monde doit nous permettre de mieux vivre, c'est-à-dire de vivre avec moins de souffrance psychologique. (p. 111)

Comme le dit un proverbe chinois, il faut être modéré en tout, même dans la modération. (p. 112)

Je pense qu'une vision du monde reposant sur des principes stricts et absolus risque d'amener l'individu à des impasses. (p. 112)

A un niveau individuel, il y a des façons de peser qui facilitent la vie ou la compliquent. Bref, comme il y a de bonnes théories scientifiques et des moins bonnes, en fonction de ce qu'elles permettent de faire, il y a de bonnes visions du monde et des moins bonnes, mais toujours en fonction de l'individu
concerné. (p. 113)

Ce n'est pas parce qu'une mère " in quiète " tient un double discours à son enfant " dépendant " qu'il faut en déduire qu'elle est " schizophrénogène " ni que son enfant qui a des conduites étranges est " schizophrène ". (p. 113)

Dans notre culture circulent certaines idées sous-entendant que toute personne équilibrée devrait être capable de traverser toutes les épreuves sans douleur ou presque, comme si l'individu était armé, une fois pour toutes, pour surmonter tous les obstacles qui peuvent se dresser sur le chemin
de la vie. (p. 120)

Quand on voit le soulagement presque immédiat que ressentent les patients à qui on explique que, compte-tenu des épreuves qu'ils traversent, il est normal de se sentir mal, on réalise à quel point certaines conceptions de la souffrance psychologique peuvent être iatrogènes et engendrer une souffrance encore plus importante. (p. 121)

… le recherche des causes, non seulement n'éclaire généralement pas le problème mais, en plus, peut induire des réactions parasites pour la recherche des solutions. (p. 121)

On peut faire la même différence entre le corps et l'esprit, qu'entre un téléviseur et les programmes qu'il nous permet de visionner. Bien sûr, il est important que l'appareil soit en bon état, mais ce n'est pas en corrigeant les circuits électriques que l'on modifie le contenu des programmes. (p. 124)

Bien sûr, nous ne sommes pas prêts de partager la vie des gens qui pensent ou qui agissent très différemment de nous, mais faut-il pour autant en faire des malades ? On peut avoir peur de la différence mais la solution consiste-t-elle à la gommer ? (p. 126)

Je pense qu'il ne nous est pas possible, dans l'état actuel de nos connaissances sur le comportement humain et les phénomènes psychiques, de prendre une position d'expert en nature humaine et de définir ce qui est " pathologique " ou non, " normal " ou non. (p. 126)

Il est dommage que nos soyons aussi peu attentifs aux relations que nous entretenons les uns avec les autres, que nous considérions comme allant de soi des phénomènes aussi complexes, aussi subtils, aussi puissants que les échanges interpersonnels. (p. 132)

Si les choses se passent, c'est que les individus ou un individu a quelque chose qui ne tourne pas rond, qu'il est malade ou méchant ou détraqué. (p. 132)

L'approche relationnelle affirme que c'est à travers la communication que les individus se construisent, que c'est la bonne gestion des phénomènes de communication entre l'individu et son milieu qui permet à l'individu de se sentir bien. (p. 132)

Je considère que les troubles psychologiques ne doivent pas être abordés comme des maladies intrapsychiques mais comme des difficultés d'adaptation de l'individu à son milieu, donc comme un trouble de la communication, de la relation au monde (et, à soi comme faisant partie du monde). (p. 133)

Doit-on réduire la santé mentale à ce qui ne correspond pas à une moyenne statistique de comportement ? La ^psychothérapie doit-elle se concevoir commpe une normalisation des individus ? Si c'est le cas, on verrait beaucoup d'artistes passer à la trappe. (p. 138)

Mettre une étiquette à quelqu'un, c'est le définir, le réduire à des caractéristiques générales et déprécier ses particularités individuelles, c'est le priver de sa liberté et le rendre impuissant, car c'est aussi l'obliger à accepter qu'il n'a pas le contrôle sur sa propre vie puisqu'il est limité aux caractéristiques prévues par l'étiquette. Etiqueter quelqu'un, c'est prendre du pouvoir sur lui de manière unilatérale en ne lui laissant que la possibilité de valider le label. (p. 139)

Avant d'inventer des " cas ", de construire des hypothèses sur leur structuration mentale, entrons dans la relation, posons les questions d'éclaircissement nécessaires, donnons-leur une chance de s'expliquer. (p. 141)

Pour ce qui concerne l'aspect curatif de la médiation , je suis nettement plus sceptique ; j'ai le sentiment qu'on essaie de modifier le hardware au lieu du software. (p. 144)

Toutes les conceptions de la maladie mentale ou des troubles du comportement reposent sur des hypothèses. L'important n'est pas tellement de savoir qui a tort ou raison, mais quelle hypothèse est la plus utile pour régler les problèmes. (p. 144)

Nous pensons que chaque situation est différente et qu'elle mérite donc qu'on reconnaisse ses particularités, ce qui est difficile à réaliser lorsqu'on a posé une étiquette. (p. 145)

Plutôt que de pathologiser les patients, il vaut mieux les voir comme des personnes confrontées à des problèmes à résoudre et les aider à mobiliser leurs propres ressources pour en sortir. (p. 145)

Dick Fish répète vouent : il n'y a pas de cas difficile, il n'y a que des thérapeutes intimidés. (p. 145)

Chaque membre d'une relation a tendance à découper le processus relationnel à partir de son oint de vue. (p. 151)

Chacun doit avoir conscience de cette règle élémentaire de la systémique qui veut qu'une partie d'un système ne peut jamais contrôler complètement l'ensemble. (p. 168)

Que veut-on obtenir en fin de compte, l'arrêt du problème ou la victoire à n'importe quel prix ? (p. 168)

N'oublions pas ce que dit Karen Pryor : il y a trois animaux qu'il est très difficile de dresser par la punition :le chat, le dauphin et l'homme ! (p. 171)

La société essaie bien souvent d'arrêter des conduites qu'elle juge inadéquates en recourant à la sanction punitive. Si ces sanctions s'adressent à des jeunes gens ou à des adultes qui n'ont aucun respect pour les règles de vie de notre société, il est à craindre qu'une punition pour un acte personnel n'ait pas l'effet escompté mais bien l'effet contraire. (p. 172)

Je pense que pour qu'une sanction soit efficace, c'est-à-dire dissuasive, il faut que ce manquement soit reconnu et accepté par les deux parties. (p. 174)

En tout cas, nous pensons que la pire attitude consiste à faire comme si l'autre devait être dérangé par quelque chose qui nous déplaît. (p. 176)

Se retrancher derrière le règlement pour imposer ses vues est souvent vécu comme de la lâcheté et risque donc d'entraîner une réaction d'hostilité. (p. 177)

Si nous voulons éviter que l'histoire se répète, il ne suffit pas de dire qu'il faut en tirer les leçons, encore faut-il savoir comment, et nous pensons qu'il faut prendre en compte la structure relationnelle des problèmes et non seulement l'un de ses éléments pour en faire la cause ou le responsable, bien pratique sans doute, mais illusoire à long terme. (p. 180) J

e pense également que, si les personnes recourent à la sanction, c'est qu'elles ne savent pas quels autres moyens leur permettraient de faire face à la situation. (p. 183)

A mon sens, la punition n'est bien souvent qu'un moyen détourné de combler notre propre manque de sécurité personnelle face à des situations qui nous mettent dans une position d'impuissance. (p. 183)

L'intervenant se focalise sur le processus d'interaction entre la personne et son milieu et non sur l'état de la personne elle-même, il ne cherche pas à savoir qui elle est mais ce qu'elle fait… Par exemple, le psychothérapeute ne cherche pas à savoir si un mari battant est un pervers ou un psychopathe, mais cherche à repérer les interactions, ente sa femme et lui, qui finissent par dégénérer et qui se terminent par de coups. (p. 185)

Comme de toute manière, de quelque obédience méthodologique qu'il soit, le thérapeute exerce une influence sur son patient - c'est son travail et c'est pour cela qu'il est rémunéré -, il vaut mieux reconnaître le fait, l'expliciter et chercher à exercer l'influence la plus profitable pour les patients. (p. 187)

La grande différence que je fais entre les techniques de manipulation et les techniques thérapeutiques se situe dans l'objectif poursuivi : alors que les premières sont au service des intérêts du manipulateur, les secondes sont utilisées pour permettra au patient d'atteindre son objectif, ce qui est rendu possible par la non-normativité de l'approche interactionnelle et stratégique. (p. 188)

Ce qui me paraît le plus intéressant dans le dans le modèle de Palo Alto : le thérapeute donne des pistes concrètes pour savoir ce qu'il faut faire pour arrêter de vouloir changer à tout prix. (p. 180)

Un problème n'existe que si quelqu'un le remarque. (p. 191) C'est cette boucle interactionnelle entre l'individu et le milieu entraînant une souffrance subjective que l'on appelle le " problème " dans la terminologie de Palo Alto. (p. 191)

Même si le problème a son origine dans le passé, la thérapie brève s'intéresse à la façon dont il se manifeste aujourd'hui. (p. 197)

Nous pensons que jamais personne n'a le droit d'affirmer à un autre individu que ce dernier a un problème qu'il ignore… (p. 199)

Pour arrêter de faire quelque chose, il vaut mieux faire quelque chose de différent. (p. 200)

Il est également intéressant de percevoir les " rigidités " de la personne, c'est-à-dire ce qui a priori, se situe hors de son répertoire de conduites. Par exemple, les déclarations du type " Tout mais pas ça ! " (p. 205)

Ces espoirs de " guérison totale et définitive ", de " communication transparente " au sein des familles, etc. sont bien souvent les manifestations de bonnes intentions dont est pavé l'enfer du harcèlement thérapeutique. (p. 207)

Durant les entretiens, l'intervenant ne chercher pas à étiqueter les problèmes ; au contraire, il cherche à apprécier les spécificités de chaque situation concrète, ps en référence à des catégories générales mais en elle-même, pour elle-même. (p. 210)

Ce type de connaissance ne réclame pas d'approche sophistiquée ; au contraire, elle demande un dépouillement de l'observateur de toute théorisation préalable qui pourrait orienter l'observation. (p. 211)

Nous allons donc le plus vite possible amener la personne à arrêter de raisonner ou d'analyser la situation pour la remettre en contact avec ce qu'elle vit, l'amener à mettre en relations ses difficultés avec le contexte relationnel dans lequel elle baigne. (p. 212)

L'intervenant qui utilise une approche interactionnelle et stratégique cherche à amener son patent à faire une expérience différente par rapport à son problème, expérience se situant à l'opposé de ses efforts habituels. (p. 221)

On sait que ce qu'on fait ne marche pas, mais on est incapable d'envisager autre chose, donc on s'évertue à faire " plus de la même chose ". (p. 221)

Penser en fonction de buts prédéfinis, c'est penser linéairement : pour arriver à notre but X, nous devons d'abord obtenir a puis de a aller vers b, puis c, qui nous conduit finalement au X tant convoité ; mais nous ne pouvons prévoir la façon dont le choses vont se réguler lorsque nous serons arrivés à a ou à b. Quand on est face à un problème, on met en place quelque chose ; si ça marche parfait, mais si ça ne marche pas du tout, one ne pense jamais à remettre le remède en question, on en déduit que le problème est insoluble. (p. 230)

Si la manière par laquelle vous essayez de résoudre une difficulté ne fonctionne pas, c'est qu'elle n'est pas adéquate. (p. 230)

Ce qui ne soigne pas, tue, surtout dans les relations. (p 231)

Et c'est parfois lorsqu'on a enfin accepté que, eut-être, on ne pourra jamais changer cet état de choses, lorsque, à bout de forces, on renonce, qu'alors, parfois, un miracle se produit : l'autre arrêt, simplement parce que vous avez arrêté la lutte. (p. 231)

Il arrive d'ailleurs que l'on puisse mettre un terme à une difficulté rien qu'en arrêtant les tentatives de solution inopérantes de l'entourage du patient, ce dernier devant alors forcément développer d'autres façons de s'adapter à la situation. (p. 232)

Si nous arrivons à agir autrement avec notre conjoint, nous induirons une réponse différente de sa part, l'émotion associée sera automatiquement tout autre, et c'est ainsi que nous pouvons faire l'expérience concrète d'un changement de relation dans le présent et être libérés du passé ; (p. 236)

De plus, nous pensons que c'est la théorie qui oriente l'explication : si la théorie dit qu'il y a un lien entre le comportement actuels et un traumatisme infantile, le psychothérapeute va orienter son questionnement que la l'enfance et des liens apparaîtront simplement parce que chacun a vécu, dans son enfance, des moments difficiles et que le contexte thérapeutique les associe à la situation actuelle. (p. 237)

Je rencontre trop souvent des personne venant me voir pour des difficultés qui ont été renforcées à coups d'interprétations ou d'explications causales qu'elles continuent de ressasser et qui les conduisent à des abîmes de réflexivité dans lesquels elles se perdent. (p. 237)

Lorsque les personnes voient les choses autrement, sous un autre angle, elles peuvent envisager d'autres manières de réagir. (p. 241)

L'importance du recadrage ne se trouve pas dans le contenu lui-même mais dans le fait qu'il implique une nouvelle manière d'aborder le problème, entièrement aux antipodes de ce qui était perçu et jugé au départ. (p. 242)

Contrairement à une idée très répandue dans notre culture, ce n'est pas en dénonçant le problème (" Vous vous rendez compte que vous reproduisez sans cesse le même schéma de conduite ? ") que nous allons permettra au patent de pouvoir le dépasser. (p. 242)

Grâce au langage, nous nous forgeons des théories explicatives sur le monde, puis nous agissons en fonction de ces théories que nous appliquons alors au monde du processus, oubliant parfois que les règles de fonctionnement de ces deux mondes sont très différentes. (p. 246)

Pour saisir la dynamique du processus, il faut an quelque sorte la ressentir à mesure qu'elle s'actualise, en épouser le mouvement, le flux, le déroulement temporel (et pas seulement spatial). (p. 247)

Se laisser imprégner de la dynamique des relations, c'est suivre pas à pas l'enchaînement des relations, c'est suivre pas à pas l'enchaînement des évènements, c'est faire sienne la logique relationnelle, c'est comprendre comment une chose en entraîne une autre. (p. 247)

On n'interrompt pas la conversation par des interprétations ou des arguments contradictoires, on ne fait pas remarquer des " erreurs ", des anomalies de décodage, on cherche plutôt à comprendre la façon dont les idées s'enchaînent. (p. 249)

La plupart des stratégies occidentales visent à imposer la logique réflexive à l'expérience du processus ; je ne devrais pas avoir peur, boire, me droguer, être distrait, me fâcher… (p. 249)

L'intervenant qui utilise une approche interactionnelle et stratégique cherche à amener son patient à faire une expérience différente par rapport à son problème, expérience se situant à l'opposé de ses effort habituels. (p. 250)

Induire une novelle expérience qui bloque le recours aux tentatives de solution antérieures. (p. 251)

Dans la mesure où une relation n'est pas morte, une conduite radicalement différente de la part d'un des partenaires va automatiquement induire une réaction différente de l'autre. (p. 252)

Beaucoup de psychothérapeutes qui découvrent l'approche interactionnelle et stratégique sont étonnés de la rapidité du changement qui se manifeste lorsqu'une personne modifie sa façon d'agir. (p. 253)

Mais la relation est la grande absente de notre culture, on la considère comme un phénomène accessoire. (p. 254)

Pour nous, la perspective est complètement inversée : la personne émerge de l'interaction, le comportement et l'esprit de l'homme ne sont que des résultantes du processus relationnel auquel nous participons tous. (p. 254)

Bateson aimait dire : " La liberté et la responsabilité sont deux choses qui vont de pair ; un accroissement de la première entraîne souvent un accroissement de la seconde. " (p. 259)

On peut décider qu'un père n'a pas le droit d'abuser de ses enfants, on ne peut décréter qu'il n'en éprouve pas le désir. (p. 277)

A part quelques irréductibles, les scientifiques reconnaissent aujourd'hui que les théories sont des constructions reposant sur des prémisses plus ou moins explicites ; elles ne peuvent nous procurer qu'une vision - plus ou moins utile en fonction des objectifs poursuivis - des phénomènes étudiés et ne prétendent as décrire la réalité telle qu'elle est. (p. 280)

Il faut commencer par ce qui apparaît à première vue comme une lapalissade mais qui, dans les faits, ne va pas de soi : un problème n'existe que si quelqu'un le constate - ou le décrète. (p. 280)

Dans une optique relationnelle, on ne cherche plus à découvrir l'essence d'une personne, ce qu'elle est vraiment, puisqu'elle devient ce que ses rencontres continuelles avec son contexte de vie la font devenir. (p. 287)

Le puritanisme américain, par exemple et ;la recherche effrénée du politiquement correct, risquent, à mon sens, d'augmenter la fréquence des rimes atroces, des actes de désespoir, d'une violence cachée mais débridée. (p. 288)

Que la société mette en place des conditions de vie susceptibles de diminuer tel ou tel penchant, qu'elle essaie d'en contrôler l'émergence, c'est une chose, mais qu'elle veuille interdire ce qui est généré par le processus, voilà qui me paraît non seulement impossible mais dangereux. (p. 288)

Je crois qu'il faut éviter la " chasse aux pulsions " comme nouvelle chasse aux sorcières : on ne décrète pas la normalité. (p. 289)

Grandir dans une culture, c'est être imprégné des principes fondamentaux sur lesquels elle s'est construite, au oint de ne plus pouvoir distinguer qu'il s'agit de principes et non de vérités éternelles et absolues. (p. 291)

On ne questionne pas ce qui coule de source ; or, la façon dont nous avons appris à voir le monde nous semble couler de source. (p. 291)

C'est l'épistémologie qui étudie la façon dont notre connaissance se construit et qui nous permet donc d'expliciter les prémisses sur lesquelles notre connaissance du monde repose. (p. 291)

Pour découvrir les déterminants du comportement humain, les philosophes occidentaux dans la lignée de notre tradition religieuse judéo-chrétienne, ont donc cherché à l'intérieur de la personne : c'est là que doivent se situer le moteur de la conduite de l'être humain, ses processus de décision, de choix, de conduite consciente. (p. 294)

On a fait comme si c'était clair et on a continué à construire une vision de l'homme comme s'il était déterminé par un principe moteur interne, intra-individuel : la volonté. (p. 297)

On discute de l'homme (au sens générique du terme), de l'amour, du bonheur, de l'alité et de la fraternité dans un monde où les relations humaines deviennent de plus en plus vides d'expérience concrète. Les mots se vident de leur substance. Les abstractions tirées à partir d'ensembles d'individus renvoient au général, au statistique : l'individu fait les frais de ce développement conceptuel car il doit dès lors correspondre aux idéaux dérivés de ces réflexions globales, il doit correspondre à des étiquettes. (p. 301)

La solution paraît en out cas passer par un changement de perspective : regarder vers l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur, faire plutôt que penser, et, peut-être ne plus se poser la question uniquement de façon réflexive, mais se laisser imprégner par tout ce qui fait le plaisir et la souffrance de chaque jour. (p. 303)

On scotomise complètement l'interaction pour considérer la réaction de façon isolée, indépendante de tout contexte, de toute action préalable. (p. 304)

Pour définir des responsabilités ou des fautes, il faut définir des contextes, et que ceux-ci sont en général définis par les groupes au pouvoir, ce qui fait que la justice ne peut pas être autre chose qu'une justice de classe ou de groupes de pression. (p. 305)

Le développement des sciences humaines a suivi les chemins tracés par les sciences dures, les sciences du " monde inanimé " , dans lequel l'explication causale de type linéaire (une même cause entraîne un même effet) peut rendre compte de phénomènes. (p. 307)

Nous avons réalisé que la nature ne répond pas à une logique linéaire : une cause précise engendre un effet, point ; l'effet peut rejaillir sur la cause et la modifier à son tour, c'est ainsi que la nature peut rendre les coups que nous lui portons. (p. 307)

Nous pouvons faire en sorte que nos enfants nous obéissent au doigt et à l'œil et nous féliciter de notre attitude ferme avant de constater - tellement plus tard que nous ne faisons même plus le lien - qu'ils sont incapables de prendre des responsabilités et qu'ils passent leur vie à avoir peur. (p. 308)

Les manifestations comportementales concrètes se sont jamais que probabilistes : étant donné les expériences et les apprentissages passés, nous avons tendance à nous conduire de telle o de telle manière. (p. 313)

On ne peut quand même pas pénaliser quelqu'un pour quelque chose qu'il pourrait peut-être faire un jour, à moins d'y laisser une bonne partie de nos libertés élémentaires. (p. 315)

Inciter quelqu'un à faire quelque chose, c'est donc créer les conditions pour qu'il le fasse. On ne peut prédire à coup sûr qu'il va le faire, mais on augmente les chances qu'il le fasse. (p. 315) J

e pense que ce sont les apprentissages relationnels qui forment le caractère d'un individu, cette connaissance progressive qui va faire que des enfants pourront acquérir une sécurité personnelle suffisante pour ne pas céder, pour ne pas se soumettre aveuglément à une autorité quelconque. (p. 317)

Obliger revient souvent à ôter l'envie. (p. 317)

N'oublions pas que l'on peut détruire le plaisir de faire une activité en la rendant obligatoire ! (par exemple l'école, le sexe, l'altruisme…) A contrario, on peut enlever tout piment à un comportement indésirable en le recommandant (ce qui, par contre, ouvre des perspectives d'action intéressantes). (p. 317)

Les Américains se demandent parfois pourquoi certains peuples ne les aiment pas, alors qu'ils ne font que défendre la liberté… Mais imposer une idée de la liberté revient à faire violence et, ici, comme ailleurs, le médium est le message. (p. 321)

Les positions absolues, indépendantes du contexte, ne peuvent qu'être génératrices de conflits ou de souffrances car elles " forcent " la nature à entrer dans le moule défini par l'idéologie… (p. 322)

Le modèle de thérapie issu des recherches de l'école de Palo Alto consiste précisément en ceci : faire en sorte que le patient puisse ne plus s'empêcher de résoudre le problème, et, pour ce faire, le thérapeute va activement empêcher le patient de recourir à ses tentatives de solution, donc empêcher l'ego de décider. (p. 323)

Dès lors, on devient indisponible à l'autre puisque l'on ne peut entendre ses réactions, possédé que l'on est par le désir d'atteindre l'objectif intéressé. (p. 324)

Que signifie " se connaître soi-même " ? … Il devient délicat de considérer que l'individu puisse arriver " à se connaître lui-même " puisque cela présuppose un dualisme entre observateur et observé : qui est censé connaître qui ?… Si l'on se tourne de nouveau vers la pensée chinoise, on y découvre qu'on ne peut jamais distinguer l'individu de son fonctionnement, du déroulement de sa vie, l'être du processus. (p. 325)

Je pense aussi que la manière traditionnelle de penser l'homme, de façon indépendante de son contexte de vie, est pour beaucoup dans le grand désespoir que vivent beaucoup de gens aujourd'hui ; en effet, chercher à se connaître, à se comprendre, à comprendre ce qui ne va pas, à maîtriser ses pulsions… tout cela revient à rechercher une solution à un problème mal posé, un peu comme si on voulait résoudre le problème des marées en étudiant l'eau de mer. (p. 326)

On a besoin d l'expérience avec l'environnement, avec les autres, du contact avec les autres, pour savoir qui on est, ou plutôt pour découvrir qui ont peut être. (p. 327)

Je ne crois pas qu'il soit bon de dire à quelqu'un qui il est ( même si on pouvait le savoir, ce que je ne crois pas). (p. 327)

De même, je ne pense pas qu'il soit bon d'amener quelqu'un à dire qui sont les autres, sa mère, son père, ses frères et sœurs, etc. Car là encore, on bloque toute évolution du processus relationnel en définissant l'autre… (p. 327)

Vouloir se connaître signifie cherche à se couper du processus, à en cristalliser une manifestation, un état. (p. 328)

Si tu te sens seul, me disait-il, ne cours pas remplir ta vie d'amis et de relations. Au contraire, concentre toute ton attention sur l'inéluctabilité de ta solitude, ton isolement radical. La seule manière de guérir un boulimique de sa boulimie est de la gave par force. Le contraindre à jeûner ne fera qu'augmenter son appétit. (p. 330)

Il était logique d'aboutir à la conclusion que, comme la " réalité " n'est accessible que par ce que nos organes des sens peuvent en capter, on ne pourra jamais savoir ce qu'elle est vraiment, mais au mieux, en avoir une version codée en fonction des filtres que nous utilisons pour la capter, une sorte d'interface entre le monde et nous. (p. 330)

Notre langage servant de matrice à notre façon de penser, il nous incline à l'analyse relationnelle et individuelle, c'est pourquoi je me suis permis des références et des emprunts à l'Orient et à d'autres modèles du monde prenant plus en compte la dimension relationnelle de la vie. (p. 335)

L'approche relationnelle de l'homme avance que l'individu existe à travers les interactions qu'il entretient avec son milieu. (p. 336)

Cela revient à dire, d'une part, que le poids du passé n'est pas inéluctable et, d'autre part, que les possibilités d'action de changement sont multipliées. (p. 336)

C'est en changeant sa relation au monde qu'on l'amène à être autrement. (p. 336)

La vision interactionnelle nous invite à penser qu'un enfant n'est pas " caractériel ", qu'un mari n'est pas violent, qu'un chef de service n'est pas un " pervers ", etc. dans l'absolu, mais qu'ils peuvent se conduire comme ils le font parce que l'entourage n'arrive pas à trouver la parade efficace pour rendre caduques ces tendances apprises dans certains contextes d'apprentissage antérieurs. (p. 337)

La question essentielle n'est plus : " Comment va-t-on changer cette personne ? ", mais " Quel changement du contexte relationnel va favoriser un changement de conduite ? ". On ne cherche plus les déterminants essentiels de la conduite à l'intérieur de la personne mais entre les personnes. (p. 337)

Il est dommage que nous soyons aussi peu attentifs aux relations que nous entretenons les uns avec les autres, que nous considérions comme allant de soi des phénomènes aussi complexes, aussi subtils, aussi puissants que les échanges interpersonnels. (p. 338)

L'approche relationnelle affirme que c'est à travers la communication que les individus se
construisent. (p. 338)

Il n'en demeure pas moins que nous sommes actuellement bien démunis dans notre gestion des relations humaines ; à part les moyens habituels de persuasion, en grande partie limités aux techniques d'argumentation logique et de dénonciation des conduites ou attitudes non désirées, le vaste champ de l'incitation indirecte - notamment la communication implicite - demeure confidentiel et largement inexploré. (p. 339)

Quelqu'un peut avoir vécu des situations dramatiques, mais on ne peut jamais savoir si ces événements vont conduire cette personne à vivre dans une sorte de trou noir pendant le reste de sa vie ou, au contraire, l'amener à développer des capacités hors du commun. (p. 340)

On entend parfois certaines personnes dire ou relayer des expressions elles que : " On ne peut jamais se remettre d'un viol, d'un divorce, d'un abandon, d'un inceste, de l'absence du père, de perte d'un enfant… " On constate aujourd'hui que ce sont précisément ces commentaires définitifs qui peuvent cimenter l'inéluctabilité de la prédiction. (p. 340)

Les clés de la résolution du problème créé dans le passé ne sont pas enfouies dans le passé, elles sont dans la création actuelle du souvenir, dans la façon dont nous réagissons aujourd'hui à ce qui a eu lieu. Rien ne subsiste intact du passé après des mois ou des années, nous le reconstruisons et, plus nous l'alimentons par nos réflexions, plus nous le maintenons présent dans notre vie. (p. 341)

Bref, on peut dire que le passé reste le présent si le présent renforce le passé. C'est en soignant le présent qu'on permet aux patients de guérir de leur passé, non pas en les amenant à prendre conscience de l'impact de l'expérience passée mais en les aidant à trouver des solutions aux difficultés engendrées par le passé dans leur vie actuelle. (p. 341)

Il n'est plus besoin de recourir à un étiquetage normatif des difficultés… (p. 341)

Je ne suis pas sûr que la volonté de protéger les personnes en difficulté des vicissitudes de la vie revienne vraiment à les aider. (p. 344)

Lorsqu'une personne se demande si elle est " normale " ou non, elle se compare à une norme extérieure (p. 345)

Changer notre relation aux exclus plutôt que vouloir lutter contre l'exclusion, voilà put-être une base pour notre réflexion. (p. 348)

Nous voyons clairement se dessiner l'escalade symétrique : une répression plus dure va engendrer une délinquance plus sophistiquée. (p. 349)

La notion de dépendance implique l'exercice d'une pression sur l'autre : si l'on a besoin de l'autre, c'est que l'autre n'est plus libre de faire ce qu'il veut ; il ou elle est là pour nous faire plaisir, pour nous rassurer, pour nous rendre heureux… (p. 351)

De la même manière, on peut créer la peur tout en orant en même temps l'espoir d'y échapper. Les sectes (et même les religions) affirment : " Non, vous ne pouvez ressentir cela, c'est un péché ! " (p. 351)

Responsabiliser voudrait donc dire laisser la personne décider ce qui est bien pour elle. Cela ne veut pas dire tolérer n'importe quoi mais accepter que la personne puisse ressentir ce qu'elle ressent. (p. 352)

Quand quelqu'un affirme qu'un individu ne s'est pas conduit en personne responsable ou d'une façon autonome, il prend une position d'expert et disqualifie automatiquement l'autre. (p. 352)

Nous apprenons à utiliser un ordinateur avant de savoir écrire mais nous ne savons rien - ou presque - sur l'art de gérer notre rapport au monde qui nous entoure, d'obtenir ce que nos voulons, d'affronter les difficultés inévitables de la vie sans recourir à des drogues qui nous aident à court terme en émoussant les réactions naturelles de notre organisme. (p. 353)

Quand nous percevons notre environnement comme composé de choses et que nous ignorons les liens qui nous relient à ces choses, nous pouvons nous mettre à vouloir les posséder. Qu'adviendrait-il si nous envisagions le monde comme un ensemble de relations . (p. 353)

Cette intégration de l'homme à la nature passe par un abandon de nos prémisses dualistes entretenues par notre culture à travers un langage qui méconnaît les liens entre les choses. (p. 354)

Les tentatives de solution nous indiquent la voie à éviter, ce qui permet à l'intervenant de pouvoir concrétiser ce que le patient doit faire pour arrêter d'alimenter son problème. (p. 356)